Olivier Legrain. Un patron qui voit rouge
© Martin Colombet
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Cet article est issu du numéro 125 de Philosophie magazine « Et vous, comment faites-vous la fête ? », en kiosque le 28 novembre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Je n’arrêterai jamais. » Olivier Legrain, 66 ans, n’aime pas qu’on lui parle retraite. L’entrepreneur nous reçoit dans sa maison aux airs de résidence de campagne. Cette demeure ne laisse transparaître aucun signe extérieur de (grande) richesse, si ce n’est l’adresse : Neuilly-sur-Seine. « Ce n’est pas en partant à Aubervilliers qu’on redonne quoi que ce soit à la société », se défend Legrain. Aujourd’hui multimillionaire, l’ex-communiste précise qu’il est resté « fidèle à lui-même ». Mauvaise conscience ou affirmation sincère ? En 1968, Legrain avait 15 ans. Né dans un milieu bourgeois, il se frotte aux idées révolutionnaires en suivant les cours de philo de son lycée parisien : « Mao, Trotski, Lénine… Ces auteurs m’ont marqué à vie. »
C’est pourtant sa carrière qui aurait pu l’éloigner de ses engagements de jeunesse : diplômé des Mines et de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae), le jeune ingénieur entre chez Rhône-Poulenc, puis chez Lafarge, devient directeur, entre au comité exécutif… sans jamais se sentir gêné par ce revirement. « À 26 ans, je jouissais d’une liberté folle », affirme-t-il. Rétif au paternalisme social de Lafarge, qu’il qualifie en riant de « catho faux-cul », il se considère comme « stalinien et pas gauchiste, savourant son petit effet. Je crois à l’État fort. On ne change rien sans règles coercitives. Prenons les réfugiés : si l’on ne force pas les gens à en accueillir ici à Neuilly, ça n’arrivera jamais. Pareil pour limiter les trajets en avion ou imposer le tri des poubelles. Il faut des règles ! C’est ça pour moi être communiste : je ne crois pas à l’initiative individuelle ».