Entretien
Olivier Mannoni : “La langue politique de Trump est devenue plus brutale, clanique et déliée du réel”
Discours du président américain Donald Trump, le 4 mars 2025. © Damon Winter/The New York Times/Réa
Cet article est réservé aux abonnés.
Olivier Mannoni, traducteur de Mein Kampf et auteur de Coulée brune. Comment le fascisme inonde notre langue (Héloïse d’Ormesson, 2024), s’inquiète de l’utilisation répétée par le président américain d’expressions et de métaphores venues de la propagande nazie. Il nous éclaire plus largement sur l’évolution de la langue politique dans le monde occidental.
Comment Donald Trump a-t-il changé la grammaire politique américaine ?
Olivier Mannoni : Après sa première élection, j’avais déjà remarqué que Donald Trump avait recours à certaines techniques comme le weave, cette manière de noyer la langue dans une profusion d’anecdotes, de critiques et de références avec plus moins de cohérence pour arriver à des slogans très simplistes. Hitler faisait exactement pareil : il se lançait dans d’obscurs tunnels que son auditoire ne comprenait pas pour terminer sur la conclusion simple que les Juifs étaient leur grand malheur et qu’il fallait s’en débarrasser. Trump, lui, parlait en 2016 des migrants ou de la persécution de l’Amérique victime des élites progressistes de Washington. À cette époque, j’estimais qu’il utilisait de simples techniques discursives qu’on avait déjà connues dans le passé. Il était hors de question de dire qu’il était nazi. J’ai changé d’avis le 6 janvier 2021 avec l’assaut du Capitole qu’il a orchestré. Cela m’a rappelé la marche sur Rome de Mussolini ou la tentative de putsch minable d’Hitler en 1923. Ce n’est plus simplement une question de style oratoire. Quand Donald Trump a dit à l’attention des Proud Boys « stand back and stand by », cela signifiait clairement : « Préparez-vous et soyez prêts à intervenir. » Je connais ce vocabulaire. C’est ainsi qu’Hitler s’adressait à la Sturmabteilung, les SA, l’organisation paramilitaire censée user de la violence pour prendre le pouvoir. Si Trump s’en est sorti, c’est qu’il a su prendre les précautions nécessaires et qu’il a réussi à se faire élire.