Hors-série ”Petit traité des vices”
Oreslan et Gringe, ou l'ennui
“La meilleure source d’inspiration des rappeurs Orelsan et Gringe dans la série ‘Bloqués’ ? Tout simplement eux-mêmes” © Canal+
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Cet article est issu du Hors-série n°67 de Philosophie magazine « Petit traité des vices à l’usage des honnêtes gens », en kiosque le 20 novembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Et si la flemme intersidérale et revendiquée des deux trentenaires au mode de vie adolescent de la mini-série Bloqués était en fait un acte de résistance face à un monde qui ne jure que par l’efficacité ?
Le portrait : deux fainéants affalés
« En attendant qu’il se passe quelque chose, ils ont décidé de ne rien faire » : c’est ainsi que la page YouTube de la mini-série Bloqués – diffusée entre 2015 et 2016 dans « Le Petit Journal » de Canal + – résume les aventures statiques d’Orelsan et Gringe. Les deux rappeurs, qui formaient à l’époque le duo des Casseurs Flowters, y incarnent une parodie d’eux-mêmes. Les 121 épisodes de quelques minutes les mettent le plus souvent en scène affalés dans leur canapé. Bloqués, donc, dans leur immobilisme, les deux colocataires désœuvrés ne font rien à part discuter pour tuer le temps : ils se chambrent mollement, échangent des punchlines, se lancent dans des réflexions souvent absurdes, refont le monde. Le débit est lent, les blancs nombreux, les voix éteintes, sans dynamisme. « Tu ferais quoi si t’étais riche ? » se demandent les deux hommes dans le premier épisode. La question revient dans un autre. « Je rachète Tiger Woods, Zlatan, Usain Bolt, Djokovic. Je les fais habiter à Mont-de-Marsan et j’attends qu’il y ait “Intervilles”. […] Je rachète toutes les places du spectacle des Enfoirés... et j’y vais pas. Comme ça, ça fait deux bonnes actions : de l’argent pour les Restos du Cœur et personne n’est obligé d’écouter leur concert. […] Je rachète le Front national, et je les appelle Alliance Ethnique. » Pour se distraire d’un réel trop gris, où rien de vraiment excitant ne les stimule, Orelsan et Gringe vivent de projections fantasmatiques. Leur inertie les maintient cependant dans un rapport terre à terre aux choses, qui va parfois avec une forme de lucidité. Quand Gringe l’interroge sur l’avortement, Orelsan répond : « C’est pas à moi de décider, non ? »