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Ouverture du Fonds Enki-Bilal : l’art de l'hybridation

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Ouverture du Fonds Enki-Bilal : l’art de l'hybridation

Enki Bilal, “Flying Above Fuji-Yama”, 2015. © Enki Bilal

Ce ne sont pas de noirs desseins que nourrit à votre égard Cédric Enjalbert… Il vous propose plutôt de découvrir les dessins au bleu caractéristique d'Enki Bilal, dont un fonds vient d'ouvrir à Paris. Une invitation à déambuler au cœur de l'imaginaire de l'artiste de bande dessinée.


« Le fonds m’a touché ! Un espace vient d’ouvrir, dédié à l’œuvre d’Enki Bilal. Une première exposition présente un parcours à travers l’ensemble des thèmes de l’artiste, depuis ses débuts – arrivant en France, émigré de Yougoslavie dans les années 1960 – jusqu’à son succès et sa reconnaissance, en même temps que celle de la discipline. Car il est l’un des auteurs de bande dessinée à avoir fait passer la pratique, longtemps déconsidérée, dans le domaine des arts. Un tournant est l’édition du Sommeil du Monstre (1998), premier volume d’une tétralogie. Il se libère alors du “gaufrier”, ce système de cases qui structure la page ; il se met à peindre des images autonomes (à l’acrylique, au pastel, au crayon et à l’encre), dont il décide le positionnement ensuite, selon la logique du récit. En l’occurrence, celui-ci se situe entre 1993, après l'éclatement de la Yougoslavie, et 2026, entre la mémoire et l’anticipation. Il met en scène les conséquences de l’obscurantisme religieux. 

Le bleu de la narration

De nombreux orignaux sont accrochés, qui permettent de voir l’évolution de son trait, depuis les premières planches qu’il a présentées à René Goscinny, encore adolescent. Dans ses illustrations, les bleus y sont omniprésents, non seulement comme une marque de fabrique ou un exercice de style, mais comme un motif qui sert la narration. Enki Bilal dessine en amateur de cinéma, dont il a d’ailleurs tâté, en tant que décorateur, costumier ou réalisateur. Une œuvre curieuse, qu’il aurait retrouvée par inadvertance dans un carton, donne une idée de sa liberté : Los Angeles. L’étoile oubliée de Laurie Bloom (1984). Il s’agit d’une œuvre hybride, conçue avec son camarade d’écriture Pierre Christin, qui réunit fiction et reportage, de la photo et du dessin, le tout mis en forme à la façon d’un roman-photo et d’une enquête. Elle se déroule en Californie, à la recherche d’une (hypothétique) actrice tombée dans l’oubli, et brosse une image dégradée du mythe américain. 

Aux frontières de notre imagination

Hybride, voici un mot qui sied bien à l’artiste. En 1985, dans son Manifeste Cyborg, la philosophe Donna Haraway écrit que “la fin du XXe siècle, notre époque, ce temps mythique est arrivé et nous ne sommes que chimères, hybrides de machines et d’organismes théorisés puis fabriqués ; en bref, des cyborgs. Le cyborg est notre ontologie ; il définit notre politique. Le cyborg est une image condensée de l’imagination et de la réalité matérielle réunies, et cette union structure toute possibilité de transformation historique.” De cette image, Enki Bilal a fait le cœur de son œuvre, prenant, comme le plaide Donna Haraway, sa part dans la reconstruction des frontières de notre imagination. »

Fonds Enki-Bilal : 22, rue Charlot, Paris IIIe (exposition en cours jusqu'au 1/11).

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