Reportage

Paranoïa dans Beyrouth sous les bombes

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Paranoïa dans Beyrouth sous les bombes

Émeute devant le « Hamra Star » alors que les forces de l’ordre tentent de déloger 250 réfugiés libanais qui occupent l’immeuble désaffecté dans le centre-ville de Beyrouth, le 22 octobre 2024. © Pierre Terraz pour Philosophie Magazine

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Dans la capitale libanaise plongée sous un déluge de frappes israéliennes, la population se déchire. Chacun épie, suspecte ou incrimine son voisin, par peur de se trouver au milieu des prochaines cibles de Tsahal, attisant le spectre d’une nouvelle guerre civile. Notre journaliste Pierre Terraz nous envoie ce reportage de Beyrouth.


 

Sous les coups de pelleteuse, un corps écrasé émerge des ruines fumantes de l’immeuble bombardé. Le quatorzième depuis que les recherches ont commencé, le matin même, sur le lieu de la frappe qui a touché dans la nuit ce quartier résidentiel aux abords de l’hôpital Rafic-Hariri, dans la banlieue de Beyrouth. À la vue de la dépouille brandie par les secouristes, un jeune homme s’effondre en larmes sur une dalle en béton déchaussée d’un mur. Plus loin, une femme hurle de douleur derrière son voile tandis qu’on la retient de s’écrouler au milieu des décombres instables. Dans la foule, infiltrée de combattants du Hezbollah aux visages dissimulés par des masques, on crie aux martyrs. Sous nos pieds, des téléphones continuent de sonner en boucle.

© Pierre Terraz pour PM
Recherches en cours après une frappe israélienne dans le quartier de Jnah, non loin de l’hôpital Rafic-Hariri, dans la banlieue de Beyrouth, le 22 octobre 2024. © Pierre Terraz pour PM

Trois nuits d’horreur viennent de s’abattre sur la capitale libanaise. En moins de soixante-douze heures, plus de trente missiles sont tombés sur les 15 kilomètres carrés qui constituent la banlieue sud de Beyrouth. Toujours selon le même schéma. D’abord, un ordre d’évacuation à destination des civils est publié par l’armée israélienne sur les réseaux sociaux. Mais souvent, la zone est dévastée quelques minutes plus tard sans laisser aux gens le temps de quitter les lieux. Ainsi, au moins 1 552 personnes ont été tuées et 1,2 million ont été déplacées depuis le 23 septembre au Liban, selon l’AFP et les autorités locales.

© Pierre Terraz pour PM
Membres de l'équipe de recherche, non loin de l’hôpital Rafic-Hariri, le 22 octobre 2024. À ce stade, 18 morts ont été retrouvés sous les décombres. © Pierre Terraz pour PM

 

La défaite des voisins

Tous les jours, ceux qui fuient les bombes affluent en masse dans le centre-ville de Beyrouth, encore relativement épargné par les raids israéliens qui se sont intensifiés depuis un mois partout dans le pays. Le long de la corniche, sur une plage qui se jette dans la mer Méditerranée, des centaines de familles sans refuge dorment à même le sol. Les salles de classe de la capitale sont remplies d’enfants qui ne sont plus là pour étudier. « Nous affichons complet, c’est une bouffée d’oxygène », souffle même un directeur du secteur de l’hôtellerie, le long de la jetée. Dans un Liban frappé de plein fouet par la crise économique, le taux d’occupation des hôtels low-cost a grimpé jusqu’à 95%, contre seulement 19% en janvier 2023.

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