Guerre au Moyen-Orient

Reportage à Beyrouth : faire son “métier” d’homme dans les hôpitaux libanais

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Reportage à Beyrouth : faire son “métier” d’homme dans les hôpitaux libanais

Le docteur Ziad Sleiman, chirurgien plastique et chef de l’extension mobile du service des grands brulés ouvert depuis le début de la guerre entre Israel et le Hezbollah, briefe ses équipes dans les couloirs de l’hôpital Geitaoui, le 25 octobre 2024. © Pierre Terraz

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Les hôpitaux libanais sont submergés par les victimes de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Dans ces théâtres de l’horreur, soignants et patients sont confrontés à une détresse dont il est difficile de mesurer l’ampleur. Dans une telle situation, à quoi s’accroche-t-on pour continuer de remplir son rôle de médecin, de père ou de mère sans être submergé par l’effroi ? Notre journaliste Pierre Terraz nous envoie ce reportage de Beyrouth.


Le service des grands brûlés se trouve au niveau -3, dans le sous-sol de l’hôpital, comme si les patients qui sont pris en charge ici étaient déjà morts. C’est du moins le cas d’un nouveau-né qui a succombé le matin même. Les brûlures qui recouvraient son corps fragile étaient trop étendues, trop profondes pour être combattues.

Derrière la paroi en verre qui donne sur la chambre « CB3 », un infirmier nettoie déjà le lit de mort de l’enfant qui sera réattribué dans l’après-midi. Sidéré, il ne sait plus très bien s’il s’agit du cinquième ou du septième décès dont il est témoin depuis qu’il a commencé à voir arriver des victimes des bombardements israéliens. Pour la plupart, ces civils lourdement blessés viennent des villes du sud du Liban, où les combats sont les plus intenses et les hôpitaux les moins bien équipés.

À Beyrouth, l’hôpital Geitaoui est le seul du pays a disposer d’un centre pour les grands brûlés. Sa capacité était de neuf lits avant le début de la guerre. Elle a été élargie à vingt-cinq du jour au lendemain, à la demande du ministère de la Santé. Est-ce suffisant ? Loin de là, à en croire le docteur Ziad Sleiman, chirurgien en médecine plastique reconstructrice et chef de cette nouvelle extension improvisée. « On reçoit des appels tous les jours pour nous demander de prendre plus de patients, mais on ne peut accepter que les cas les plus graves. Les gens qui arrivent ici sont carbonisés », lâche-t-il, désabusé.

 

Vies brisées

Depuis un mois, les récits sont plus catastrophiques les uns que les autres dans les hôpitaux libanais. À Geitaoui, un patient brûlé à 95 % est encore décédé dans le service il y a deux semaines. Ses brûlures dépassaient le troisième degré : « Le quatrième degré, ça veut dire que l’os est atteint et qu’il faut amputer », explique le docteur Pierre Yared, chirurgien et directeur de l’établissement. Ici, certaines personnes arrivent plongées dans un coma profond sans que l’on puisse connaitre leur identité ni même savoir ce qui leur est arrivé.

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