L’œil de la sorcière
Parce que c’était elle…
Illustration ©Oriane Safré-Proust/Valérie Oualid pour PM
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Cet article est issu du numéro 163 de Philosophie magazine « La sobriété. Pourquoi est-il si difficile de se modérer ? », en kiosque le 21 septembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si l’amitié se déploie par des paroles, des confidences échangées, elle naît aussi d’une mystérieuse attraction, par-delà les mots. Une alchimie propre aux humains ? Pas seulement.
L’amitié passe habituellement pour un lien plus sage que l’amour, épuré de ces ingrédients qui font les drames amoureux. Désir, passion, jalousie… Rien de tout cela dans la philia, l’amour raisonnable qui nous pousse à vouloir le bien de notre ami, ou plutôt de nos amis, car elle n’exige pas l’exclusivité. Autant de raisons pour que l’amitié ait, depuis Aristote, gagné ce statut de sentiment « philosophiquement correct ». L’ami est celui qui nous tire vers le haut, parce que ses qualités sont compatibles avec les nôtres. Même aux yeux de Nietzsche, pour qui l’amitié revêt une composante plus ambivalente n’excluant ni la rivalité ni la haine, l’ami-ennemi pousse au dépassement. Passer en revue l’ensemble des conceptions philosophiques de l’amitié dépasserait le cadre de cette chronique. Disons simplement que l’ami nous rend meilleurs – quoi que nous mettions derrière ce mot. Les amis se parlent, les amis se confient, les amis font toutes sortes de choses qui les rapprochent et, en se rapprochant l’un de l’autre, ils se rapprochent d’une chose plus grande qu’ils cherchent tous les deux.