Musique
Paul McCartney, le tourbillon du temps
Le musicien britannique Paul McCartney se produit sur scène lors de sa tournée “Phenomenal Got Back!” à Paris, dans le stade La Défense Arena de Nanterre (92), le 4 décembre 2024. © Anna Kurth/AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
Mercredi 4 et jeudi 5 décembre, l’ex-Beatles Paul McCartney a retrouvé la scène parisienne pour deux dates, à La Défense Arena. Près de 90 000 personnes ont fait le déplacement pour assister à ces concerts de plus d’une trentaine de titres « iconiques » en live. Notre journaliste Apolline Guillot faisait elle aussi partie de la foule. Chronique… et questionnements, avec Sartre, Bergson et Tristan Garcia.
41 000 personnes agglutinées autour d’un homme de 82 ans qui virevolte entre deux pianos, ses guitares et sa basse. C’est officiel : Sir Paul McCartney n’est pas mort, et il nous le fait savoir. « Macca », silhouette dégingandée en chemise et gilet sans manches, a enchaîné pendant 2h30 plus de 35 chansons de son répertoire solo, des Wings (son groupe dans les années 1980), mais surtout des Beatles.
Il commence le concert avec Can’t Buy me Love, et on salue l’ironie – Paul est trop malin pour ne pas avoir pensé que certains spectateurs devant lui avaient déboursé des centaines d’euros pour chanter, danser et pleurer en écoutant l’un des deux seuls Beatles encore en vie enchaîner ses tubes familiers alors que la France et le monde basculent de plus en plus dans l’inconnu. Pourtant, à l’issue du concert, j’ai quitté les lieux avec une sorte de mélancolie. Que s’était-il donc passé, précisément, en entendant ces airs « cultissimes » ?
Réalité déceptive
Déjà, un certain vertige esthétique qui tient au caractère archi-familier des chansons interprétées. Quand on « va écouter » un morceau culte qu’on connaît par cœur, on passe son temps à essayer de faire correspondre ce qu’on entend avec ce qu’on imagine que doit être l’œuvre. Notre attention est tout entière tendue pour reconstituer en temps réel le lien entre ce qu’on entend, effectivement, et ce qu’on pense qu’on devrait entendre. Dans la conclusion de L’Imaginaire (1940), Jean-Paul Sartre analyse cette tension à propos de la symphonie la plus fameuse de Beethoven. « En général, ce qui m’attire au concert, c’est le désir d’entendre la VIIe Symphonie “parfaitement exécutée”, précisément parce qu’il me semble alors qu’elle sera parfaitement elle-même. »