Payés pour aller à l’école

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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour lutter contre l’abstentéisme, l’Académie de Créteil a mis en place une cagnotte scolaire. Au nom du pragmatisme, on se dispense de traiter le malaise social et on transforme l’enseignement en marchandise. À quel prix ?

Le savoir et l’argent ont toujours entretenu des relations difficiles. Pour Aristote, il n’existe entre eux aucune commune mesure. Comment rétribuer ce qui n’a pas de prix ? Ainsi Socrate – tel que Platon nous le décrit – se refuse à tout paiement pour l’enseignement qu’il dispense sans compter. Il se situe à l’opposé des sophistes qui ne s’adressaient qu’à ceux capables d’avancer des sommes souvent élevées pour recevoir leur enseignement. Leurs clients étaient de jeunes hommes issus des familles de nouveaux riches, avides d’accéder à des savoirs et à des arts de la parole qui restaient l’apanage des familles aristocratiques et patrimoniales. Toute l’histoire de l’éducation peut être lue comme une puissante aspiration à accéder à ce bien « hors de prix » qu’est le savoir. Vu comme un privilège, il devait s’étendre à tous. Cette démocratisation fut au cœur du projet des Lumières et des réformes qui, au XIXe siècle, créèrent des institutions publiques d’éducation partout en Europe. Projet que soutenait et alimentait un désir d’émancipation et de transformation sociale par la formation scolaire ; projet qui, dans certaines régions d’Afrique, d’Inde, d’Amérique latine, donne aux enfants le courage d’aller chaque jour à l’école malgré la distance, les intempéries, le manque de nourriture et les réticences de leur famille.

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