Pendant que j’y pense / été 2016

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Cet article est issu du numéro 101 de Philosophie magazine « L’instant présent. Attrape-le si tu peux ! », en kiosque le 16 juin 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La pudeur n’est pas une vertu de saison ! Il y a un brin d’ironie à nous imaginer tous affalés sur le sable chaud, fort peu vêtus et heureux de ne l’être pas davantage, en train de lire ce petit livre d’Adèle Van Reeth et d’Éric Fiat, tout benoîtement intitulé La Pudeur (Plon/France Culture, 12,50 €). Autant s’initier à l’art du clair-obscur sous un soleil de plomb ou étudier un guide des bonnes manières pour jeunes filles dans un camp de nudistes ! Pour autant, reconnaissons qu’il n’y a rien d’évident à se vivre à la fois esprit et corps, et la pudeur se loge précisément dans les difficultés du paraître : nous ne sommes jamais totalement – femme ou homme qu’importe et fussions-nous des esprits aiguisés dans des corps parfaits –, en adéquation avec notre corporéité (subtiles pages sur l’adolescence où l’inadéquation se ressent en grand écart). La pudeur, résume Éric Fiat, est un pressentiment de la honte que le regard d’autrui peut toujours faire advenir. « C’est l’esprit qui rougit du corps », rougeur charmante et à son tour attirante… voire érotique comme l’est la fragilité de l’opposition entre l’ange et la bête. Exister en litote, à la fois visible et invisible, dérober en secret une part de soi-même aux autres, ainsi vit le pudique. Avec ses airs désuets, ce dialogue finit par rénover la pudeur en valeur critique : contre les pudeurs imposées sous des burkas, contre l’idéologie du « se lâcher » ou de l’exposition totale de soi, mais aussi pour un tact médical dans les gestes et regards portés sur les corps. Méditer cette « valeur de réserve » cet été, en foule sur les plages avec indice d’exposition maximal, pourrait bien devenir le fin du fin.

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