Imaginaire
Petite philosophie du renard
Johann Elias Ridinger (1698-1767), “Sept expressions faciales différentes d'un renard, allant de l’observateur à la défensive” (détail), eau-forte.© Domaine public/Wellcome Collection
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Il y a 1 500 ans, les populations de Patagonie, en Argentine, avaient peut-être domestiqué un animal souvent mal aimé : le renard. C’est ce que révèle une étude récente. L’occasion d’interroger les significations philosophiques dont le goupil a été investi tout au long de l’histoire.
Le renard, animal souvent considéré comme un nuisible porteur de maladies, a-t-il pu être un jour domestiqué par l’homme ? C’est ce que suggère une étude récente. Des fouilles sur un site archéologique argentin vieux de 1 500 ans dévoilent que, dans certaines tribus patagoniennes, il arrivait que les défunts soient enterrés avec des renards. S’agit-il simplement d’un hommage à un animal symbolique pour la communauté ou d’un indice sur la relation de compagnonnage qui a pu se tisser entre l’homme et la bête rousse ? Une chose est sûre : depuis bien longtemps, les deux entretiennent une relation étroite, riche de significations. S’il passe pour un animal sauvage, le Vulpes vulpes (renard roux) vit souvent à proximité des communautés humaines, fouillant leurs poubelles pour se nourrir. Le renard est aussi un animal éminemment symbolique, qui habite les imaginaires, comme en témoigne le célèbre Roman de Renart. En philosophie aussi, le renard - mis en regard avec d’autres animaux – a souvent a servi de métaphore pour penser la ruse, l’ingéniosité, la liberté, la curiosité. Retour sur ces grandes oppositions signifiantes.
Le renard et le lion
C’est une opposition séculaire que reprend Machiavel dans Le Prince (1532) : celle du lion et du renard. Le lion, couronné de sa resplendissante crinière, est le roi des animaux. Il représente à la fois la loi et le pouvoir qui l’impose. Le renard, au contraire, est un filou. Dans l’ombre, il ruse, joue avec les règles. C’est un as de la débrouille. D’un côté, « l’audace », de l’autre la « finesse ». Le prince doit être un peu de ces deux animaux, pour le philosophe florentin : « Le prince devant donc agir en bête, tâchera d’être tout à la fois renard et lion : car, s’il n’est que lion, il n’apercevra point les pièges ; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups ; et il a également besoin d’être renard pour connaître les pièges, et lion pour épouvanter les loups. » Aux yeux de tous, il faut être un lion, noble et souverain. En secret, il faut être renard. « Ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler. »