Hors-série "IA, le mythe du XXIe siècle"
Peut-on penser sans corps ?
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Cet article est issu du Hors-série n°N°57 de Philosophie magazine « IA, le mythe du XXIe siècle », en kiosque le 11 mai 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Peut-on simuler la pensée humaine ? Face à cette question, le philosophe californien Hubert Dreyfus se montre plus que sceptique dans What Computers Can’t Do (MIT Press, 1972). Grand critique des tenants de l’IA symboliste, il explique que ceux qui soutiennent la thèse de la simulation de la pensée fondent leur approche sur une double hypothèse implicite : d’une part, une « hypothèse ontologique » selon laquelle « le monde peut être analysé en éléments logiques indépendants » ; d’autre part, une « hypothèse épistémologique », selon laquelle « notre compréhension du monde peut ensuite être reconstruite en combinant ces éléments » selon des règles déterminées. La pensée ne serait en somme rien de plus que la combinaison d’éléments isolés. « Comme chacun des éléments logiques est supposé être indépendant de tous les autres, il n’a aucune signification tant qu’il n’est pas mis en relation avec les autres. » Voilà le problème, pour Dreyfus. Mais où trouver les prémices du sens, si aucun élément particulier – le substrat de l’activité psychique – n’en est pourvu ? On s’expose, dit-il, à une « régression » à l’infini. « Une fois que ces éléments ont été sortis de leur contexte et dépouillés de toute signification, il n’est pas si facile de la leur redonner. »