Pierre Manent : « Paralysés par le sentiment d’humanité »
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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour Pierre Manent, les tensions entre la France et la Commission européenne au sujet des Roms illustrent l’anesthésie de l’action politique au profit d’une parole purement incantatoire.
La politique d’expulsion des Roms a fait l’objet d’une critique frontale de la Commission européenne. En rappelant à la France qu’elle ne pouvait pas maltraiter les citoyens européens, l’Europe est-elle dans son rôle ?
Les propos ont été outranciers des deux côtés. Personne n’y a gagné. Et surtout pas les Roms. Les nomades, les gens du voyage, devraient être l’objet d’une réflexion dans le contexte d’une mondialisation qui voit s’accélérer toutes les formes de circulations. Comment maîtriser ces mouvements qu’on ne peut prétendre arrêter ? Les citoyens sont divisés : certains sont pour la libre circulation des personnes, mais pas des capitaux ; d’autres sont pour la libre circulation des capitaux, mais pas des personnes. Il revient donc aux corps politiques responsables de trouver la mesure entre ces exigences. L’Europe parle uniquement au nom de la libre circulation, c’est insuffisant. D’autant qu’elle n’est pas responsable devant un corps politique, devant un peuple. Les institutions européennes devraient être prudentes dans leurs déclarations. L’humanitarisme sentimental de l’Europe entretient la tentation populiste. S’il y a beaucoup de Viviane Reding [la commissaire européenne à la Justice avait comparé l’attitude vis-à-vis des Roms à la déportation des Tziganes sous l’Occupation, NDLR], beaucoup d’hommes politiques développeront leur capital électoral contre l’Europe.