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Plaisirs de la tablette
©Taste the TV/DR
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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Frustré de ne pas pouvoir goûter les plats avant de commander au restaurant ? Le chercheur japonais Homei Miyashita a peut-être la solution pour vous : il a récemment mis au point une tablette baptisée « Taste The TV », qui permet de combiner à l’envi dix réservoirs de particules gustatives. Une fois son choix fait, l’utilisateur n’a plus qu’à poser ses lèvres sur la gouttelette qui tombe sur l’écran. Mais lécher une goutte presque évanescente de saveur concentrée, est-ce encore vraiment goûter ? Pas si sûr, répondrait sans doute le philosophe français Eugène Minkowski. Dans Vers une cosmologie (1936), il expliquait que le goût ne peut se limiter à « la simple recherche de plaisirs sensoriels » immédiats. En effet, « goûter contient un facteur d’arrêt. Nous nous attardons aux choses que nous goûtons. L’acte de goûter s’apparente ainsi à l’attention ». Rien à voir avec la « gloutonnerie » de celui qui « dévore plusieurs portions du même plat » pour prolonger le plaisir. Le goût a plus à voir avec le fait de « savourer un plat fin » : il produit une sorte de dilatation et d’approfondissement de l’expérience sensorielle qui se découvre toujours plus riche à mesure qu’elle revient sur elle-même, que le goûteur mâche et remâche l’aliment qui résiste à sa mastication. Richesse de l’expérience que la tablette ne permet évidemment pas de retrouver. La sensation qu’elle propose n’a aucune durée, aucune profondeur, aucun mystère.