Hors-série "Platon"

Platon : la vie d’un homme illustre

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Cet article est issu du Hors-série n°n°45 de Philosophie magazine « Platon. Comment sortir de la caverne ? », en kiosque le 11 juin 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

 

 

Jeune athlète, poète et dramaturge, Platon croise, à vingt ans, le chemin de Socrate. Il va dès lors s’attacher à en répandre l’enseignement. Après la mort de son maître, sa pensée évolue à mesure qu’il entreprend une suite de voyages, découvre d’autres philosophies, se fait pédagogue auprès de tyrans qui toujours l’éconduisent. De retour à Athènes, il fonde l’Académie, qu’il dirigera quarante années durant.



Si l’œuvre et la pensée de Platon sont bien documentées, sa vie reste marquée par de nombreuses zones d’ombre. Même son nom serait en réalité un simple surnom, dérivé de Πλάτων : « large et plat », que lui aurait donné son maître de lutte en référence à sa carrure imposante. La plus ancienne biographie consacrée à Platon, le De Platone et dogmate eius de l’auteur latin Apulée, remonte au iie siècle après J.-C. Plus de 400 ans après la mort du père de la philosophie ! Autant dire que les informations que l’on y trouve – de même que dans les biographies ultérieures comme celles de Diogène Laërce, d’Olympiodore le Jeune ou de Philodème – sont à prendre avec la plus grande précaution.

Un fils d'Ariston

La plupart des versions s’accordent pour faire naître Platon dans le dème (unité administrative) de Collytos en 428 ou 427 av. J.-C. – peu après la mort de Périclès, l’un des fondateurs du système démocratique alors en vigueur dans la cité d’Athènes. C’est aussi l’époque où une épidémie de « peste » (peut-être la variole ou le typhus) frappe Athènes de plein fouet.
 

La famille de Platon appartient à la haute aristocratie de la cité : son père, Ariston, serait l’un des descendants de Codros, le dix-septième et dernier roi d’Athènes ; Périctionè, sa mère, est issue de la famille de Solon, l’un des législateurs les plus célèbres de la cité. Elle est sœur de Charmidès et cousine de Critias, qui donneront leur nom à deux dialogues platoniciens et feront partie, tous deux, du gouvernement oligarchique des Trente tyrans qui se substituera pendant quelques mois à la démocratie en 404 av. J.-C., après la défaite de la guerre du Péloponnèse contre Sparte (– 413 / – 404). Les deux frères de Platon, Adimante et Glaucon, apparaissent eux aussi régulièrement dans les dialogues : dans La République, dans le Parménide – ainsi que dans l’Apologie de Socrate, en ce qui concerne Adimante. Quant à la sœur de Platon, Pôtonê, elle est la mère de Seusippe, qui sera finalement préféré à Aristote pour diriger l’Académie à la mort du maître.
 

Très tôt, Platon reçoit une éducation complète, conforme à son statut social : le grammairien Denys lui enseigne les lettres – à cette époque, Platon se pique d’écrire des pièces et des poèmes – tandis que Dracon et Metellos d’Agrigente le forment à la musique et Ariston d’Argos à la gymnastique. Platon est au demeurant un excellent lutteur, au point, selon Olympiodore, de remporter deux victoires aux jeux Olympiques et aux jeux Isthmiques. Il est aussi l’élève, à une date incertaine, du mathématicien Théodore de Cyrène, disciple du célèbre sophiste Protagoras (personnage principal du dialogue éponyme), qui lui dispense son enseignement en géométrie après avoir été le maître de Théétète et de Socrate lui-même. Parmi ses condisciples, on compte Isocrate, célèbre orateur auprès de qui Aristote lui-même étudia avant de rejoindre l’Académie fondée par Platon.

La rencontre avec Socrate

Mais la rencontre la plus décisive est celle de Socrate, en 407 av. J.-C. Élien le Sophiste raconte qu’elle eut lieu en pleine guerre du Péloponnèse, un jour où Platon achetait des armes pour rejoindre l’armée athénienne. Socrate l’aurait interpellé et convaincu de se dévouer pleinement à la philosophie. Les deux hommes ne se ressemblent guère : Platon est grand, jeune et beau, tandis que la laideur de l’autre est proverbiale. Mais un même goût de la vérité les anime. Platon connaissait probablement déjà les penseurs ioniens – les « physiciens », comme les appellera Aristote. Ses dialogues évoquent notamment Héraclite, découvert par l’entremise de Cratyle, Parménide, Anaxagore ou encore Zénon.

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