Position philosophique 2. Sauvegardons notre identité

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Cet article est issu du numéro 94 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 22 octobre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

D’autres intellectuels, au nom d’autres principes, s’opposent à l’ouverture ou à l’abolition des frontières. Pour certains, l’arrivée d’étrangers porteurs de cultures et de religions très différentes des nôtres met en péril l’identité française ou européenne.

Au lieu d’être niées, les racines chrétiennes de l’Europe devraient être reconnues comme un pilier de son identité, soutient le philosophe Philippe Nemo, auteur de Qu’est-ce que l’Occident ? (PUF, 2004 ; rééd. 2013) : « Sachant que c’est au christianisme que l’Europe doit une grande part des bonnes choses que les immigrés viennent y chercher, ceux-ci n’auraient-ils pas avantage à découvrir le christianisme, à étudier son message religieux et moral, à s’intéresser à son culte et à ses symboles, à découvrir ses héros et ses saints ? En organisant le silence officiel sur le christianisme, les responsables de l’Europe leur ferment a priori cette voie et rendent donc leur intégration insincère et précaire. » Il faudrait donc conditionner l’accueil des migrants à leur capacité d’accepter la culture chrétienne.

Alain Finkielkraut développe, lui, une conception culturelle de l’identité. Dans son livre L’Identité malheureuse (Gallimard, 2014), il critique l’antiracisme bruyant et le « romantisme pour autrui », qui nient les liens nous unissant à notre passé tout en exaltant les cultures minoritaires. Or l’accueil massif de migrants risque d’aggraver le mal. Selon Finkielkraut, « avec le passage d’une immigration de travail à une immigration familiale, les autochtones ont perdu le statut de référent culturel qui était le leur dans les périodes précédentes de l’immigration. Ils ne sont plus prescripteurs. Quand le cybercafé s’appelle “Bled.com” et que la boucherie ou le fast-food ou les deux sont halal, ces sédentaires font l’expérience déroutante de l’exil. Quand ils voient se multiplier les conversions à l’islam, ils se demandent où ils habitent. Ils n’ont pas bougé, mais tout a changé autour d’eux. Ont-ils peur de l’étranger ? Se ferment-ils à l’Autre ? Non, ils se sentent devenir étrangers sur leur propre sol. Ils incarnaient la norme, ils se retrouvent à la marge ».

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