3. La voie du vertige
Pour/contre. Le mal vient-il d’un excès de désir masculin ?
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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les comportements sexuels violents des hommes s’expliqueraient-ils par leur frustration ? C’est ce que prétend, statistiques à l’appui, la sociologue britannique Catherine Hakim. Une théorie que réfute la chercheuse israélienne Daphna Joel.
“Oui, les hommes sont sexuellement ‘en manque’”
Catherine Hakim
« Je suis arrivée à cette conclusion après avoir examiné les résultats de trente études menées à travers le monde sur de larges échantillons, par des universités, des gouvernements ou des fondations. Ces études, toutes postérieures à 1990, donc à la révolution sexuelle des années 1960, montrent que le problème est non seulement irrésolu, mais qu’il s’agit d’un « fait social » majeur du XXIe siècle. Une enquête pionnière menée en France en 1992 mérite d’être citée, car elle prend le couple, et non l’individu, comme “unité” de base. La question posée était : “Dans votre couple, lequel des deux partenaires a le plus de désir sexuel ?” Durant les deux premières années de la relation, l’homme et la femme sont à peu près égaux. Mais, après quinze ans de vie commune, les hommes et les femmes, interrogés séparément, sont seulement 4 % à dire que c’est la femme qui a le plus de désir ; 61 % des femmes disent que c’est l’homme ; et 35 % que les deux ont le même niveau de désir. Une autre étude, finlandaise, demandait : “Aimeriez-vous avoir des relations sexuelles plus fréquentes au sein de votre couple ?” Plus de la moitié des hommes répondaient par l’affirmative, contre moins de 20 % des femmes, tous âges confondus. Partout, vous trouvez des résultats similaires.
De plus, l’écart entre hommes et femmes se creuse avec l’âge. Jusqu’à 35 ans environ, les femmes éprouvent un fort désir sexuel. Après, il y a un effondrement rapide, à la fois chez les femmes qui ont des enfants et chez celles qui n’en ont pas, et que l’on pourrait croire, pour cette raison, plus disponibles. L’effondrement du désir féminin pose un grand problème aux hommes : quand ils sont étudiants, ils vivent des idylles sexuelles avec de jeunes femmes, se marient et sont très surpris de se retrouver confrontés à une frustration que rien ne laissait prévoir !