L’expression
Pourquoi dit-on désormais que nous sommes “posés” ?
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Cet article est issu du numéro 187 de Philosophie magazine « Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ? », en kiosque le 20 février 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
S’il s’employait traditionnellement pour décrire des objets inanimés, le verbe « poser » s’applique désormais à des êtres humains : je me « pose » ici ou là avec mes amis, je « suis posé », confortablement installé dans mon immobilité. Ce glissement n’est peut-être pas si étonnant dans un monde hyperactif, où l’individu est sans cesse arraché à lui-même. « Être posé », c’est se recentrer : s’installer dans un « ici » et ne plus en sortir, comme une chose inerte qui occupe tout entière son lieu sans se projeter au-delà. Comme l’oiseau qui quitte le ciel impalpable pour se poser, l’homme met de côté les idées qui l’agitent sans cesse et se pose dans une insouciance profonde et légère à la fois. « En se posant sur une base, le sujet encombré par l’être se ramasse, se dresse et devient le maître de tout ce qui l’encombre », écrit Emmanuel Levinas dans De l’existence à l’existant (1947).