Moyen-Orient/Géopolitique

Amélie Férey : “L’assassinat de Soleimani pose la question du contrôle démocratique du droit de tuer”

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Qassem_Soleimani

Qassem Soleimani (cc) Wikimedia Commons

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Cet article est issu du numéro 136 de Philosophie magazine « 136 - février 2020 », en kiosque le 16 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le 3 janvier dernier, sur ordre de Donald Trump, le général Qassem Soleimani, chef des unités d'élite des Gardiens de la Révolution, a été tué en Irak par une frappe de drone. L'assassinat d’un des plus hauts dignitaires de l’État iranien est-il une transgression du droit international ? Réponse avec Amélie Férey, spécialiste en éthique de la guerre.

Cet acte peut-il être qualifié d’assassinat politique ? 

Amélie Férey : Pour éviter de parler d’assassinat politique, illégal au regard du droit américain, l’administration américaine se sert du terme de targeted killing. La langue française propose plusieurs traductions plus ou moins favorables à cette pratique. Je préfère parler d’assassinat ciblé pour désigner cette tactique militaire employée dans le contexte du 11-Septembre qui autorise l’utilisation de la force armée « en réponse à des menaces imminentes ». Cette formulation convoque le registre de la légitime défense par anticipation, toujours difficile à prouver car fondée sur une argumentation contre-factuelle. Disons qu’on est bien dans le cadre d’un « assassinat ciblé », qui répond à un contexte de tensions régionales croissantes, notamment dans le détroit d’Ormuz où les attaques iraniennes contre les États-Unis n’ont pas été suivies de représailles. En outre, une telle opération a des retombées sur la scène politique américaine et peut être instrumentalisée par Donald Trump pour cultiver son image d’homme fort, décidé à ne pas se laisser intimider par l’Iran.

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