Divergences
Pourquoi envions-nous les autres ?
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Cet article est issu du numéro 87 de Philosophie magazine « Guide d’autodéfense contre le fanatisme », en kiosque le 16 février 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ah ! les autres… Chez eux, l’herbe est toujours plus verte. Il se pourrait donc que les relations sociales reposent davantage sur l’envie que sur l’égalité et la fraternité. Quatre philosophes proposent une épreuve de vérité dont l’homme et le citoyen en nous ne sortent pas indemnes.
Parce que nous sommes avides
Saint Augustin (IVe-Ve siècle)
Nous parlons avec tendresse de l’innocence de l’enfant sans voir qu’il possède déjà les défauts de l’adulte : l’avidité et l’envie. Son corps seul est alors innocent, tandis que son âme ne l’est plus. Enfants, vieillards, trentenaires… nous sommes tous dévorés du désir de voir l’autre privé de ce que nous voulons en exclusivité : honneurs, richesses ou lait maternel. Saint Augustin propose d’observer un bébé pour s’en convaincre : « Il ne parl[e] pas encore, et regard[e], pâle et farouche, son frère de lait. […] [E]st-ce innocence dans ce petit être, abreuvé à cette source de lait abondamment épanché, de n’y pas souffrir près de lui un frère ? » L’envie n’est rien d’autre que la marque du péché (Confessions, I, 7).