États-Unis

Pourquoi les Américains se jettent-ils sur les romans dystopiques ?

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Pourquoi les Américains se jettent-ils sur les romans dystopiques ?

© Helen Boulton/Pixabay

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Pour conjurer la peur de la nouvelle ère trumpiste ? Pour trouver des exemples de révolte ? Ou parce que la différence entre vérité et post-vérité s’est tellement brouillée qu’on ne parvient même plus à distinguer le réel et la fiction ? Cette dernière hypothèse est celle d’Alexandre Jadin. Explorations. 


 

Au lendemain de la réélection de Donald Trump, les ventes d’ouvrages dystopiques explosent aux États-Unis. 1984 d’Orwell, Fahrenheit 451 de Bradbury ou encore La Servante écarlate d’Atwood. Autant de fictions relatant la confiscation de la vérité par un pouvoir totalitaire. Un révélateur d’une grande peur américaine ?

Se consoler du pire

« Dans notre monde, il n’y aura pas d’autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l’humiliation. » Voici le genre de phrases tirées de 1984 lues par certains électeurs américains après la nette victoire de Trump. Pour s’en remettre, ou bien pour mieux la ruminer ? Si les intentions ne sont pas claires, les ventes, elles, sont éloquentes. Car au lendemain de l’élection de Donald Trump, La Servante écarlate (1985), le best-seller de Margaret Atwood mettant en scène une dictature misogyne, est passé de la 209ᵉ place des ventes Amazon à la troisième en l’espace d’une journée. Dans le même laps de temps, 1984 d’Orwell a vu ses ventes augmenter de 250%, et Fahrenheit 451, décrivant une société dans laquelle les livres sont interdits, de 333%.

D’un point de vue psychologique, cette tendance n’a rien d’évident : l’opération revient, toutes proportions gardées, à se remettre d’une cuite au vin rouge en enchaînant au réveil avec un shot de vodka. Pourtant, en matière littéraire, vaincre le mal par le mal est une technique éprouvée. Comme l’explique Aristote dans sa Poétique, la fonction cathartique de l’art nous délie de nos passions en les figurant à travers la distance du médium artistique : « Au moyen de la pitié et de la peur, (la tragédie) effectue la purgation des vécus émotionnels de cette nature ». Au lendemain d’une puissante désillusion politique, les électeurs démocrates tentent peut-être de mettre à distance l’événement traumatique en le contemplant dans le miroir grossissant de la dystopie.

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