Politique

Poursuivre en justice le mensonge politique ? Réponse avec Hannah Arendt

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Poursuivre en justice le mensonge politique ? Réponse avec Hannah Arendt

Hannah Arendt. © Münchner Stadtmuseum, Sammlung Fotografie, Archiv Niggl Radloff.

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Criminaliser le mensonge politique : c’est l’étonnante proposition défendue par le gouvernement du Pays de Galles. Une réponse à la généralisation des fake news propagées dans l’espace public. Est-ce vraiment la bonne manière d’affronter le défi de la « post-vérité » ? Éléments de réponse avec Arendt. 


Mensonge politique et vérité charlatanesque

Le mensonge politique doit-il tomber sous le coup de la loi ? C’est ce à quoi s’est engagé, le 2 juillet, le gouvernement travailliste du Pays de Galles. Le principe est simple : si la loi est adoptée, un politicien jugé coupable de mensonge pourrait être exclu du Senedd, le Parlement gallois (s’il est député) et/ou être inéligible pour une période donnée de temps. « Le mensonge en politique est une menace existentielle, plaide l’élu Adam Price, qui porte le projet. Une démocratie commence à s’effondrer si les électeurs ne peuvent plus faire confiance aux élus. Alors il faut innover, essayer des choses différentes », explique-t-il. À ses yeux, les hommes politiques doivent être « soumis aux mêmes normes que les avocats et les médecins, qui ont déjà des obligations contraignantes en matière d’énonciation de la vérité ».

Nos ancêtres auraient certainement eu du mal à comprendre l’enjeu de cette proposition. Comme le remarque Hannah Arendt dans « Vérité et politique », « il n’a jamais fait de doute pour personne que la vérité et la politique sont en assez mauvais termes, et nul, autant que je sache, n’a jamais compté la bonne foi au nombre des vertus politiques. Les mensonges ont toujours été considérés comme des outils nécessaires et légitimes, non seulement du métier de politicien ou de démagogue mais aussi de celui d’homme d’État ». La rouerie, la dissimulation, la tromperie ont toujours fait partie de la palette des moyens politiques. Ces moyens, sans doute, sont-ils peu honorables, peut-être même immoraux, mais ils n’en paraissent pas moins souvent justifiés dans une pratique politique qui ne s’identifie précisément pas à la morale. « Les mensonges, puisqu’ils sont souvent utilisés comme des substituts de moyens plus violents, peuvent aisément être considérés comme des instruments relativement inoffensifs dans l’arsenal de l’action politique. » Arendt note même que l’utilisation instrumentale du mensonge « peut fort bien servir à établir ou à sauvegarder les conditions de la recherche de la vérité ».

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