Point de bascule

Quand nous ne sommes plus d’accord sur les faits

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Quand nous ne sommes plus d’accord sur les faits

Photo d’illustration : l’émission d’actualités du matin animée par Benjamin Duhamel sur la radio France Inter. © Jean-Marc Barrère/Hans Lucas via AFP

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De la présence sur France Inter d’un éditorialiste de Valeurs Actuelles aux débats sur l’immigration ou la dette, nous sommes les contemporains d’une extension du pluralisme démocratique qui met en difficulté la possibilité de parler d’un même monde et d’agir en commun. Analyse de cette bascule avec le sociologue Arnaud Esquerre, auteur du Point de vue manquant. Médias et démocratie (Climats, 2026).


 

Le public est-il encore capable de débattre ? Les sujets de controverse ne manquent pas et pourtant, nous sommes pris d’un malaise profond : nous n’arrivons plus à nous accorder sur des faits communs permettant une délibération susceptible de dégager des compromis majoritaires.

Prenons l’exemple des feux de forêts. Les discussions de l’été ont montré que nous n’arrivions pas à nous accorder sur les causes principales des incendies, certains pointant les responsabilités individuelles ou le mauvais entretien des espaces forestiers, les autres désignant les effets du dérèglement climatique augmentés par l’inaction des pouvoirs publics.

Plus récemment, la querelle autour de l’annulation d’une partie de la dette publique ne fait pas seulement ressortir des désaccords sur la façon de traiter un problème économique mais aussi des politiques et des experts qui ne semblent plus voir la même chose : pour les uns, annuler la dette serait sans conséquence, pour les autres, un tel procédé signerait la banqueroute totale. Le thème de l’immigration est peut-être l’exemple le plus révélateur : pour les uns, elle n’a pas d’effet sur une délinquance stable, alors que pour les autres, elle est la cause principale d’une criminalité galopante – pour ne pas dire de l’effondrement de la civilisation occidentale.

Le pluralisme, un idéal démocratique tardif

Pour comprendre ce qui s’apparente à une déchéance de la factualité des phénomènes, il convient d’analyser les mutations récentes du pluralisme. Dans son nouveau livre, Le Point de vue manquant (Climats, 2026), le sociologue Arnaud Esquerre rappelle que le pluralisme ne s’est associé que très tardivement à l’idéal démocratique. En France, la censure a perduré jusqu’au début des années 1970, notamment dans les productions cinématographiques. Ce n’est qu’en 1974 que le président Valéry Giscard d’Estaing met fin aux poursuites pour offense au chef de l’État. Formellement, le pouvoir laisse donc pour la première fois à ses opposants une place aussi bien dans son organisation que dans la participation à la vie politique.

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