Russie / Stratégie
Quand Vladimir Poutine fait la guerre à l’envers
Moscou (Russie), le mai 2023. Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou (à g.) et le président Vladimir Poutine assistent au défilé du Jour de la Victoire, qui se tient chaque année sur la place Rouge pour marquer la victoire sur l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. © Mikhail Metzel/TASS/Sipa
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Cet article est issu du numéro 170 de Philosophie magazine « Il faut qu’on parle ! Le langage résout-il les conflits ? », en kiosque le 01 juin 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour comprendre les difficultés de la Russie à gagner en Ukraine, il faut se référer aux buts de la guerre proclamés par son président : la démilitarisation et la dénazification de son voisin. Or ces termes sont empruntés à un sommet international conçu pour pacifier l’Allemagne nazie en 1945.
Quelle que soit l’issue de la contre-offensive ukrainienne, la Russie n’a pas gagné sa guerre. Elle n’a pas réussi à renverser le président Zelensky et, après ses premières victoires, a perdu une partie des territoires conquis. Elle est victime d’attaques de plus en plus fréquentes sur son territoire, sur des voies ferrées, des entrepôts de carburant, sur des idéologues bellicistes comme l’écrivain Zakhar Prilepine, jusqu’au Kremlin, attaqué par des drones. Lors du défilé du 9 mai, le régime russe n’a exhibé qu’un matériel étique. Les objectifs fixés par le président russe n’ont pas été atteints. En annonçant l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022, Poutine avait en effet déclaré : « Nous allons nous diriger vers la démilitarisation et la dénazification de l’Ukraine », prétendument dirigée par de dangereux néonazis. Ce but vague, difficilement compréhensible par la société russe, a d’ailleurs été mis en sourdine quelques semaines après le début de « l’opération spéciale ». Il demeure pourtant le mot d’ordre officiel. Et il a une origine précise, qui n’a pas été, à notre connaissance, relevée.