Quelques arpents de souveraineté

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Cet article est issu du numéro 117 de Philosophie magazine « 117 - mars 2018 », en kiosque le 15 février 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Élever des lamas, est-ce faire œuvre politique ? La conduite d’une ferme pourrait, en tout cas, se révéler un excellent préalable à ceux qui prétendent exercer un jour le pouvoir.

Adossée aux contreforts du mont Ventoux, à l’est du lac du Paty, la ferme de Pied-Cheval repose à l’ombre de cyprès. Quarante hectares de terrain couvrent un vallon de genêts, montent à l’assaut de versants plantés de chênes, jusqu’au sommet d’une éminence dont les affleurements de calcaire reçoivent le soleil du Vaucluse.  

Dans les années 1980, le propriétaire, Pierre-André Scherrer, eut l’idée d’introduire des lamas du Chili sur ses terres. Quelques mois auparavant, un incendie avait menacé son exploitation, et Scherrer était convaincu que les bêtes, débroussaillant les sous-bois, prémuniraient sa propriété du feu de forêt. Scherrer et sa femme Marie possédèrent jusqu’à une cinquantaine de lamas. L’expérience eut du succès, les lamas s’adaptèrent, leur pelage se maria esthétiquement aux couleurs provençales, les soles de leurs pieds ne ravinèrent pas les terrains fragiles, et la forêt fut nettoyée de ses ronces. Jusqu’aux années 1950, il était courant de lâcher les troupeaux sous les arbres, on appelait cette pratique le « sylvo-pastoralisme ». L’arbre protégeait la bête, la bête éclaircissait le sous-bois, le feu s’affamait, privé d’étoupe, c’est-à-dire de broussailles. Jean Giono décrit ces temps anciens dans Le Chant du monde. 

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