Écologie
Qu’est-ce que le “colonialisme vert” ?
Paris, le 28 mai 2025. Le député de Guyane Davy Rimane (parti Gauche démocrate et républicaine) assiste à une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. © Thibaud Moritz/AFP
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« Colonialisme vert » : c’est le terme qu’ont utilisé les députés de Guyane Jean-Victor Castor et Davy Rimane pour qualifier le rejet, à la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, d’une proposition visant à extraire la Guyane du périmètre de la loi Hulot. Celle-ci limite la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures sur le territoire français. Le nouveau visage du colonialisme consisterait-t-il à empêcher des territoires de se développer ? Explications.
Défini en quelques mots, le « colonialisme vert » désigne l’utilisation d’une rhétorique écologique pour justifier certaines formes d’impérialisme exercées par un pouvoir sur une population. La notion est théorisée – et illustrée de nombreux exemples – par l’historien Guillaume Blanc dans L’Invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l’Éden africain (Flammarion, 2020).
Préserver la nature… au détriment des populations
La formule peut, de prime abord, paraître surprenante. On imagine plus volontiers le colon comme un agent de destruction massive des environnements, des milieux naturels. Les saccages écologiques de la colonisation sont indéniables. Mais ils coexistent, montre Blanc, avec certains discours de sanctuarisation de la nature. À partir des années 1920 sont créés des grands « parcs naturels » pour préserver une nature exotique qui, au fil des décennies, devient peu à peu pour les Occidentaux un objet dépaysant de contemplation – la grande faune notamment. L’argument sous-tendant ces politiques est colonial : les indigènes sont réputés incapables de prendre soin de leurs espaces naturels (que les Occidentaux aiment s’imaginer « vierges », alors qu’ils sont habités et utilisés par les hommes depuis des siècles) ; ils les abîment, les défigurent, les exploitent de manière déraisonnable. « Il faudrait sauver la nature avant que des habitants écologiquement irresponsables ne la détruisent. » Une idée audacieuse au vu des ravages environnementaux du colonialisme. Comme le résume Blanc, ce sont les mêmes qui entendent préserver les milieux qui les détruisent. Et plus le capitalisme extractiviste s’intensifie, plus les espaces sanctuarisés prolifèrent.