Économie / Énergie
Pierre-Noël Giraud: “On ne manque pas de pétrole, on en a trop”
(cc) Pixabay
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Cet article est issu du numéro 97 de Philosophie magazine « Peut-on choisir ses désirs ? », en kiosque le 18 février 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le prix du pétrole est en chute libre depuis plus d’un an. Fin connaisseur des questions énergétiques, Pierre-Noël Giraud nous invite à réfléchir à la manière dont le marché valorise les ressources naturelles.
Pourquoi le prix du baril de pétrole est-il passé de 110 dollars en 2014 à 31 dollars aujourd’hui ?
Pierre-Noël Giraud : À cause du pétrole dit « de schiste » américain. Aux États-Unis, les entrepreneurs ont déversé une offre abondante sur le marché, alors que, dans le même temps, la demande s’est infléchie du fait d’une croissance mondiale, notamment chinoise, ralentie. Les pays de l’Opep, Arabie Saoudite en tête, auraient pu baisser leur production, quitte à laisser une part de marché croissante au pétrole de schiste américain. Ils en ont décidé autrement, en maintenant une production abondante – ce qui a fait chuter les prix et entraîné la baisse de la production américaine de pétrole de schiste dont le coût de production se situe entre 40 et 80 dollars le baril. À 30 dollars, les Américains cessent de le produire. Les Saoudiens, qui ont ainsi voulu « discipliner » les producteurs américains, n’ont cependant pas intérêt à maintenir longtemps des prix aussi bas – alors que le prix de production se situe pour eux entre 10 et 20 dollars. Dès que le prix du pétrole conventionnel remontera au-dessus d’un certain seuil, on verra un regain de la production aux États-Unis. Toute la question est donc de savoir quel sera le nouveau prix d’équilibre « objectif » entre le pétrole conventionnel et le pétrole de schiste. La production de pétrole de schiste s’apparente à l’agriculture : vous « semez », en investissant dans un forage, et vous « récoltez » pendant une durée de deux ans et demi. Cela peut s’arrêter et repartir en fonction de l’évolution du marché. Il va falloir un peu de temps pour intégrer cette nouvelle donne dans le marché mondial.