Le concept du moment
Qu’est-ce que le panislamisme ?
Le président turc Recep Tayyip Erdogan (au centre) pose avec l’émir du Koweït Sheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah (gauche), le roi Salman d’Arabie Saoudite (2e à gauche), and le sultan du Bruneï Hassanal Bolkiah (2e à droite) et l'ex-président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev (droite) réunis pour un sommet de l'Organisation de la coopération islamique à Istanbul (Turquie) le 14 avril 2016. © Murad Sezer/Reuters
Les assassinats terroristes qui émaillent l’actualité et les appels au boycott de produits français dans certains pays à majorité musulmane font à nouveau apparaître la France comme cible d’une idéologie islamiste qui s’oppose à son système de valeurs. Chose nouvelle, ces discours sont relayés, sinon encouragés, par le président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui entend se faire le porte-parole d’un certain islam sunnite et transcender les appartenances nationales.
Peut-on dès lors parler d’un « panislamisme » pour qualifier la stratégie du chef d’État turc ? Quelles réalités historiques et sociologiques couvre cette notion, et quels sont ses ressorts mobilisateurs ? L’islamisme se nourrit t-il de l’affaissement général des appartenances nationales ?
Pour l’historienne et spécialiste de l’islamisme Anne-Clémentine Larroque, islamisme et nationalisme arabe ne se sont pas construits en concurrence mais se sont forgés côte à côte, comme réponse face au vide identitaire généré par la chute de l’Empire ottoman.