Ralentir, travail...

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Gaston, nonchalant héros escorté de sa tortue Achille , adresse une muette interpellation à ses collègues surmenés sans relâche. Et si ce sage qui se hâte lentement depuis la fin des années 1950 était un précurseur de la « slow attitude » comme de la « slow food » ?

Créé en 1957 par Franquin, l’année de la parution de Sur la route de Jack Kerouac, le personnage de Gaston Lagaffe incarnait à l’époque la figure inédite du beatnik . Une figure certes européanisée, sans drogue ni alcool, avec des espadrilles aux pieds. Soixante ans après, l’antihéros au col roulé vert pourrait bien servir de modèle à une nouvelle pratique : la « slow attitude » .

Né de la réaction contre l’accélération des modes de vie et le culte de l’urgence, le goût pour la lenteur est à la mode et se décline aujourd’hui de manière multiple : au travail, à table, en ville, en voyage. Or pour chacune de ces occurrences, on peut facilement trouver en Gaston un précurseur. Voyons comment ce doux rêveur à la silhouette souple et légèrement voûtée illustre originalement cette manière nouvelle d’être et de faire (ou plutôt : de ne pas faire), c’est-à-dire d’exister.

La « slow attitude » nous rappelle que le temps se vit subjectivement. Or Lagaffe est un fervent défenseur du temps bergsonien : celui de la durée intensive qu’on ne peut pas segmenter, quantifier et donc rentabiliser. C’est ce qui explique que, personnage récurrent, Monsieur De Mesmaeker, homme d’affaires intéressé, ne parvient jamais à signer ses mystérieux contrats avant qu’une gaffe de Gaston ne l’oblige à renoncer, furieux. Même chose pour Longtarin, agent de la circulation zélé, qui finit presque toujours par perdre la « guerre des parcmètres ». Chez Franquin, le temps ne s’achète pas : il coule gratuitement et… de plus en plus lentement.

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