Expositions
Rencontres de la photographie d’Arles : le règne des autochtones
Michael Cook (Bidjara)- Majority Rule (Parliament), série Majority Rule, 2014. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / Jan Murphy Gallery.
La 56e édition des Rencontres de la photographie d’Arles a cette année pour thème « Images indociles ». Elle donne notamment à voir le travail de nombreux artistes issus des peuples “premiers” qui a enthousiasmé Ariane Nicolas.
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« “Images indociles.” Tel est le thème de la 56e édition des Rencontres de la photographie d’Arles, événement qui propose une quarantaine d’expositions disséminées dans toute la ville. Le spectateur-promeneur y découvre, entre autres, le travail d’artistes issus de peuples “premiers”, originaires du Brésil, d’Argentine, d’Australie, de l’île de la Réunion ou de la Caraïbe. Ces photographes révèlent, de manière documentaire ou bien par la force onirique des images, la vérité ardue de la condition autochtone, entre marginalisation, violence et réappropriation de ces cultures infériorisées. Dans la belle église des Trinitaires sont ainsi exposés une dizaine de jeunes artistes brésiliens, sous l’égide de l’idée de “futur ancestral”. Théorisée par Ailton Krenak, essayiste et militant brésilien dont ma collègue Victorine de Oliveira dressait le portrait le mois dernier, cette expression vise à penser le temps sous la forme d’une “spirale” – comme chez de nombreuses tribus amazoniennes –, plutôt que d’une ligne droite – comme en Occident –, afin de faire revivre et dialoguer entre elles des périodes révolues. La photographe Gê Viana procède, par exemple, à des collages digitaux où des indigènes d’hier et d’aujourd’hui se fondent en une seule et même personne. Mais c’est sans doute l’œuvre de Michael Cook, présentée à l’église Sainte-Anne aux côtés d’autres créateurs australiens, qui a le plus retenu notre regard. Artiste aborigène élevé dans une famille blanche, Michael Cook crée des images en noir et blanc où un modèle aborigène, Joey, est démultiplié dans des lieux symboliques (parlement, quartier d’affaires...), façonnant une troublante uchronie inversée. Et si les autochtones, qui ne représentent plus que 4 % de la population, étaient de nouveau majoritaires en Australie ? Et s’ils récupéraient le pouvoir ? Une manière de montrer que la politique ne saurait se réduire à la gestion du présent, mais qu’elle doit aussi incorporer le passé pour construire un futur plus juste et empli de sens. »
Rencontres de la photographie d’Arles. Festival en cours, jusqu’au 5 octobre. Infos pratiques.