Repérages / Mai 2017

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Cet article est issu du numéro 109 de Philosophie magazine « Travail, je t'aime (moi non plus) », en kiosque le 27 avril 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

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Le Gange est-il une personne ?

C’est le fleuve sacré par excellence. Celui où les hindous pratiquent leurs ablutions rituelles et dispersent les cendres de leurs proches. Mais le Gange n’est plus seulement un lieu hautement spirituel. Dans une décision du 20 mars dernier, la Cour suprême de l’État de l’Uttarakhand (nord de l’Inde) a décrété que le fleuve et son affluent le Yamuna sont des « entités vivantes ayant le statut de personnalité morale ». La mesure a une justification écologique : le Gange étant aussi l’un des cours d’eau les plus pollués de la planète, il s’agit d’en permettre la protection légale. Une première ? Pas tout à fait : moins d’une semaine avant l’arrêt en Inde, le Parlement néo-zélandais a adopté une loi faisant également d’un fleuve – le Whanganui, sacré pour les Maoris – une « entité vivante » (living whole) dotée de droits. De prime abord, ériger la nature en personnalité juridique semble problématique. Il est notamment possible d’imputer des actions à une personne morale, de lui attribuer une responsabilité et des devoirs – en l’occurrence, imagine-t-on le Gange mis en examen après des inondations meurtrières ? Cependant, de telles décisions sont porteuses d’un véritable bouleversement de nos conceptions ; en un nouvel impératif catégorique, elles affirment que les entités non humaines ne sont plus des moyens, mais des fins en soi, ce qui sape la logique anthropocentriste. En 1990, Michel Serres défendait l’idée d’un « contrat naturel » que les hommes devraient passer avec le monde : « Autant la nature donne à l’homme, autant celui-ci doit rendre à celle-là, devenue sujet de droit. » Audacieuse et parfois raillée, cette hypothèse serait-elle en passe de se réaliser ? 

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