Pensée persane
“Rûmî recherche le même absolu que les philosophes, mais avec des poèmes”. Entretien avec la spécialiste de pensée persane Leili Anvar
Mohammad Jalâl al-dîn Balkhî, dit Rûmî, dansant devant trois disciples. © Domaine public
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Rûmî, le plus célèbre des poètes persans, n’est pas un philosophe. Il critique d’ailleurs ceux qui prétendent pouvoir tout expliquer par la raison. Mais dans ses œuvres mystiques, lui aussi cherche l’absolu divin. La grande spécialiste de poésie et de pensée persane Leili Anvar dresse son portrait.
Rûmî n’est pas le vrai nom de ce célèbre poète…
Leili Anvar : Son nom est Mohammad Jalâl al-dîn Balkhî. Rûmî est la manière dont on l’appelle en Occident. Cela signifie « le Romain », car il a vécu le plus clair de sa vie dans l’Empire romain d’Orient, en l’occurrence en Anatolie (la grande partie asiatique de l’actuelle Turquie) et il est enterré à Konya, ville dont il est, pour ainsi dire, le « saint patron ». Les Iraniens, eux, l’appellent surtout Mowlânâ, ce qui signifie « notre maître ».
Rûmî est donc un Iranien qui a passé la majeure partie de son existence hors d’Iran ?
Il vient de ce que l’on appelait le Grand Khorassan, qui englobe une portion de l’Iran actuel – de l’Afghanistan, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan. Rûmî est né en 1207 dans l’Afghanistan actuel. Alors qu’il n’avait pas encore 10 ans, son père, un maître soufi, a émigré avec toute sa famille à Konya. À cette époque, la langue de la cour, de la littérature et de l'enseignement spirituel était le persan. La légende raconte que le père de Rûmî aurait eu une vision de l'invasion mongole et de la destruction de Balkh – ce qui s’est effectivement passé par la suite. Une autre explication à ce départ est la confrontation virulente entre son père et un théologien du Kalâm. En effet, la scolastique argumentative ne faisait pas bon ménage avec la démarche mystique du soufisme – on retrouve d’ailleurs cette dichotomie dans la poésie de Rûmî. Quoi qu’il en soit, l’enfance de Rûmî a été marquée par un exil définitif hors de son pays natal. Mais Rûmî ne s’intéresse pas particulièrement à la politique de son temps. Il donne à l’exil un sens symbolique et spirituel : l’exil, c’est d’abord pour l'âme, être jetée dans le monde loin de Dieu.
“Le maître de Rûmî le fera passer à un soufisme extatique, celui de l’amour, qui va bien au-delà de la raison”