Cinéma
“Rumours, nuit blanche au sommet” : le sommet des morts-vivants
“Rumours, nuit blanche au sommet”, de Guy Maddin, et Evan et Galen Johnson. © Kristof Galgoczi Nemeth
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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine « Peut-on réparer ses erreurs ? », en kiosque le 24 avril 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
De la situation, nous ne savons rien sinon que c’est la crise. Les membres du G7 – le groupe réunissant les dirigeants allemand, canadien, américain, français, italien, japonais et anglais – se retrouvent en Saxe pour établir une déclaration commune à l’intention du monde. Poignées de mains et dîner se prolongent en concertations vaines et formules convenues, sous une rotonde et au milieu d’un parc, jusqu’à ce que la nuit tombe. Les réalisateurs tournent d’abord la réunion diplomatique à la satire mélodramatique, où les histoires d’amour et les turpitudes personnelles prennent le pas sur la géopolitique. Ils se délectent de caricatures, qu’interprète avec brio une distribution de choix, dont Cate Blanchett dans le rôle de la chancelière allemande ou Denis Ménochet en président français porté sur la bouteille et le lyrisme. Mais bientôt la comédie vire au fantastique, voire à l’horreur. Le domaine a été mystérieusement déserté et les chefs d’État se retrouvent isolés quand les brumes s’abattent sur la forêt. Les couleurs se métamorphosent dans une illusion surréaliste. Des ombres menaçantes émergent de la pénombre. Les élus se trouvent contraints de trouver une solution concrète pour sauver leur peau, loin des gesticulations rhétoriques. « La crise libère en même temps des forces de mort et des forces de régénération », écrit Edgar Morin dans Pour une crisologie (L’Herne, 2016). Or « l’idée de “crise de civilisation” est […] devenue complètement soporifique, alors qu’elle comporte une vérité inquiétante », précise-t-il. En inventant sa forme propre, ce film déroutant et onirique ravive cette idée, en ajoutant l’étrangeté à l’inquiétude.