La question qui fait mal

Santé mentale : faut-il dérembourser les soins inspirés de la psychanalyse ?

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Santé mentale : faut-il dérembourser les soins inspirés de la psychanalyse ?

© Hrant Khachatryan/Unsplash

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Faut-il mettre fin au remboursement des soins dédiés à la santé mentale qui s’inspirent des pratiques psychanalytiques ? C’est le sens d’un amendement déposé par la sénatrice Jocelyne Guidez (UDI), en novembre. De quoi relancer un débat houleux sur cette pratique et la possibilité d’en prouver l’efficacité.


 

Un petit séisme dans le monde de la santé mentale. Un amendement déposé au Sénat le 21 novembre a proposé, avant d’être retiré, qu’à compter du 1 janvier 2026, « les soins, actes et prestations se réclamant de la psychanalyse ou reposant sur des fondements théoriques psychanalytiques ne donnent plus lieu à remboursement ». Affirmant que ces soins ne reposent sur « aucune validation scientifique », l’amendement de la sénatrice Jocelyne Guidez (UDI) entendait mettre fin au remboursement par la Sécurité sociale de ces pratiques.

Des remboursements à géométrie variable

Si les visites chez les psychiatres, seuls habilités à prescrire des médicaments, sont aujourd’hui remboursées par la Sécurité sociale, ce n’est pas généralement pas le cas des soins délivrés par des psychologues ou des psychothérapeutes. « Généralement », car il existe au moins deux cas de figure où ces soins peuvent être remboursés. D’une part, dans le cadre du dispositif « Mon Soutien Psy » initié en 2022 – il est possible de voir défrayées jusqu’à douze séances de soutien psychologique par an. D’autre part, dans certains centres de soin spécialisés, comme les Centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP).

Dans ces deux cas de figure, des psychologues ayant été formés par la psychanalyse durant leur cursus universitaire ont bien le droit d’exercer. Il ne s’agit alors pas d’une « analyse » au sens classique du terme (où l’on « s’allonge sur le divan » pour raconter sa vie, comme le présente un imaginaire quelque peu caricatural), mais un panel de pratiques inspirées de ce courant thérapeutique fondé par Freud au début du XXe siècle. C’est sur ce point que portait l’amendement.

Une mise en œuvre complexe

Pendant longtemps, les professionnels du soin ont été formés, dans des départements d’universités françaises, à la théorie psychanalytique. Mais comme l’explique Stéphane Thibierge, ex-professeur de psychologie à l’Université Paris Cité et psychanalyste, que nous avons joint par téléphone, les choses ont changé à partir des années 2000 : « Des sous-disciplines de la psychologie, comme les théories cognitivistes et comportementalistes (TCC), ont commencé à livrer une guerre contre les départements de psychanalyse qui étaient préférés par une très grande majorité d’étudiants. » Résultat, le champ de la formation et de la pratique thérapeutique s’est divisé : les universités ont « basculé » dans de nouvelles approches, alors que les praticiens, eux, soignent toujours dans un cadre théorique psychanalytique. 

Faut-il enlever les titres de psychiatres et de psychologues à des professionnels dont la formation relève de près ou de loin à la psychanalyse ? Encore faudrait-il pouvoir démontrer que leurs pratiques relèvent bien de cette discipline, et non d’autres approches thérapeutiques… L’exemple des CMPP accueillant des enfants de 0 à 20 ans qui présentent des troubles d’apprentissage, moteur ou du comportement est éloquent. Contacté par nos soins, le chercheur en sciences cognitives à l’École normale supérieure Franck Ramus avance que dans « beaucoup de ces centres, c’est psychanalyse ou rien, même si les familles n’en veulent pas ». Elsa Godart, philosophe et psychanalyste, nous confie par ailleurs qu’on y trouve « des praticiens de professions et de corpus théorique différents, qui travaillent les uns avec les autres », ce qui permet une complémentarité de l’offre thérapeutique.

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