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Scandale des “grooming gangs” : “Les progressistes devraient se demander dans quelle mesure ils ont contribué à ce que la rhétorique populiste gagne tant de pouvoir”

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Scandale des “grooming gangs” : “Les progressistes devraient se demander dans quelle mesure ils ont contribué à ce que la rhétorique populiste gagne tant de pouvoir”

Le philosophe anglais Julian Baggini (photo) intervient souvent dans les médias britanniques, comme dans le quotidien “The Guardian” et sur la BBC. © CP

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Dans les années 1990 et 2000, plus de 1 500 jeunes filles ont été sexuellement agressées, violées et exploitées, victimes d’un réseau pédocriminel en Angleterre, dont les membres étaient des musulmans non blancs. Elon Musk a fait ressurgir ce scandale pour attiser la haine outre-Manche. Le philosophe anglais Julian Baggini regrette que le camp progressiste ait effectivement minimisé les faits par peur d’être accusé de racisme, et propose une voie pour que ces affaires ne profitent plus à l’extrême droite.


 

Elon Musk aime tellement le plus gros mégaphone du monde que non seulement il l’a acheté, mais il s’est assuré qu’il amplifie sa voix comme jamais une personne n’en a bénéficié dans l’histoire des réseaux sociaux. Toutes ses interventions sur X attirant l’attention du monde entier, un scandale britannique vieux d’une décennie a soudain acquis une notoriété planétaire après que le patron de X s’en est emparé.

L’affaire des « grooming gangs » [en anglais, dans son sens secondaire, grooming désigne un processus par lequel un adulte aborde intentionnellement des mineurs et les manipule à des fins sexuelles] remonte en effet à la décennie passée. En 2011, une enquête du Times révélait que des bandes criminelles avaient gagné depuis des années la confiance de jeunes filles avant d’abuser d’elles et de les exploiter. En 2014, un rapport officiel concernant une ville en particulier, Rotherham, à l’est de Manchester, montrait qu’entre 1997 et 2013, ces gangs avaient exploité sexuellement au moins 1 400 adolescentes, dont la plus jeune n’avait que onze ans.

“La réticence des progressistes à accuser des membres de minorités ethniques de crimes qu’ils ont pourtant commis a abouti dans les faits à étouffer l’affaire”

 

Cette affaire effroyable a tourné au scandale lorsqu’on a découvert que les autorités avaient sciemment détourné le regard. Et pour cause. Les criminels étaient presque tous originaires d’Asie du Sud-Est, avec des familles du Pakistan, du Bangladesh et d’Afghanistan, tandis que leurs victimes étaient, dans leur immense majorité, blanches. La police et les services sociaux sont soupçonnés d’avoir eu peur d’être accusés de racisme s’ils donnaient suite aux allégations, et les autorités locales refusaient d’en parler par peur d’alimenter le racisme et de provoquer des manifestations violentes, dans un pays où la question du multiculturalisme et de l’immigration divise de plus en plus.

Une affaire effectivement minimisée : du pain bénit pour l’extrême droite

Comme tous les populistes, Elon Musk a déjà par le passé répandu mensonges, demi-vérités, informations non vérifiées et rumeurs sans fondement pour mieux électriser le débat. On se souvient, entre autres, de ce tweet où il insultait de « pédophile » le spéléologue britannique qui avait participé au sauvetage d’écoliers thaïs pris au piège dans une grotte. Pure diffamation. Les commentateurs progressistes se sont focalisés sur cette tendance à la « post-vérité », comme si la manipulation de l’information était la base de la popularité de leurs adversaires politiques.

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