Dossier / “Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ?”
On se dispute ou on discute ? Le compromis vu par les classiques
Diogène, Thomas Hobbes, Max Weber et Chantal Mouffe. © domaine public - ©Édouard Caupeil pour PM
Platon, John Dewey, John Rawls et Jürgen Habermas. © domaine public - © Frédéric Reglain/Gamma-Rapho ©Wolfram Huke/Wikimedia commons CC BY-SA 3.0
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Cet article est issu du numéro 187 de Philosophie magazine « Faut-il faire des compromis pour avoir la paix ? », en kiosque le 20 février 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans l’histoire de la pensée, le compromis évoque soit la compromission, soit la possibilité même de vivre ensemble. Alors faut-il clarifier nos dissensus ou chercher à s’accorder à tout prix ? Huit philosophes se répondent.
LES ANTI-COMPROMIS
Le scandale cynique, selon Diogène (v. 413- v. 323 av. J.-C.)
Disciple de Socrate, le cynique mène à Athènes et à Corinthe une vie ascétique, s’abritant dans une amphore. « Cynique » viendrait du mot grec kunes, qui signifie chien, en référence au mode de vie de ce marginal, qui n’a pas fondé d’école.
Thèse
La paix intérieure s’obtient en refusant toute compromission. Diogène méprise le pouvoir et les honneurs, ces « ornements du vice », au profit de la liberté. Il prend pour modèle les animaux, insensibles aux conventions, et imagine la « vie philosophique comme scandale ».
Extrait
« Diogène se trouvait allongé au soleil. En voyant arriver tant de monde, il se redressa un peu et jeta les yeux sur Alexandre [le Grand]. Celui-ci, l’ayant salué, lui adressa la parole le premier pour lui demander s’il avait besoin de quelque chose : “Écarte-toi un peu du soleil !” répondit l’autre. »
Plutarque, Les Vies des hommes illustres (100-120)
L’absolutisme, selon Thomas Hobbes (1588-1679)
Témoin de la guerre civile en Angleterre, il est l’un des premiers penseurs contractualistes. Matérialiste radical, ce qui lui vaut d’être condamné pour athéisme, il écrit un essai politique majeur : le Léviathan.
Thèse
La paix s’obtient en déléguant son pouvoir à un souverain tout-puissant. Selon le philosophe, « la guerre de tous de contre tous » nous menace à l’état de nature car nous sommes égaux donc rivaux. En remettant volontairement notre puissance à un tiers, nous garantissons la paix civile… quitte à faire taire les voix discordantes.