Théâtre

“Sopro”, le théâtre retient son souffle

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“Sopro” mis en scène par Tiago Rodrigues au Festival d’Avignon en 2017 © Christophe Raynaud De Lagemis en scène par Tiago Rodrigues © Christophe Raynaud De Lage

Sopro mis en scène par Tiago Rodrigues au Festival d’Avignon en 2017 © Christophe Raynaud De Lage

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La profession de souffleur est en voie d'extinction. Tiago Rodrigues, directeur du Théâtre national de Lisbonne, braque le projecteur sur ce métier aussi dévoué que désuet, recherchant ce que les Grecs anciens nomment le “thumos”.

Cristina Vidal est l’une des dernières souffleuses au monde. Peu habituée des feux de la rampe, elle gagne exceptionnellement le devant de la scène, à l’invitation de Tiago Rodrigues, le directeur du Théâtre national Dona Maria II, à Lisbonne. Le metteur en scène portugais sort cette femme discrète du souterrain dans lequel s’enferme le souffleur, une cache qu’elle fréquente en professionnelle du texte depuis 25 ans. Elle y a d’ailleurs connu sa première expérience de spectatrice à 5 ans, lorsque sa tante, employée du théâtre, lui permit d’assister à une représentation depuis ce trou. Depuis, devenue familière des acteurs et héritière d’une tradition qui s’est perdue, Cristina Vidal porte en elle la mémoire du théâtre et des nombreux comédiens qu’elle a ventriloqué. Dans une ruine théâtre traversée par les vents, elle confie cette histoire, entremêlée d’anecdotes plus ou moins vraies.


Contre le bruit du monde

Des herbes folles envahissent le plateau, entre les lattes d’un parquet récupéré dans les réserves du Théâtre national. Autour, de légers rideaux crème se soulèvent avec le vent, laissant apparaître des coulisses habituellement invisibles. Entre les murs de ce monument romantique, à l’abandon, mais qui demeure traversé par un souffle et peuplé de fantômes, Cristina Vidal redonne voix aux grands rôles du répertoire : les Trois sœurs de Tchekhov, l’Antigone de Sophocle, l’Avare caviardé par un acteur cabotin. Elle ravive les spectres. À la manière d’un palimpseste, son récit superpose les chronologies, les anecdotes biographiques, les fantasmes et les personnages, réels ou fictifs. Cristina Vidal chuchote contre le bruit du monde. Son souffle ténu invite à tendre l’oreille.

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