Théâtre
“Iphigénie”. Destinée
Iphignenie ©Jean-Louis Fernandez via TNS
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Cet article est issu du numéro 163 de Philosophie magazine « La sobriété. Pourquoi est-il si difficile de se modérer ? », en kiosque le 21 septembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En revisitant le mythe antique d’Iphigénie, Tiago Rodrigues rend aux personnages la liberté dont le sort tragique les prive. Une pièce de théâtre à voir en tournée dans toute la France.
« Je me souviens. » Répétée, la formule scande cette pièce contemporaine adaptée du mythe antique. Elle imagine rendre aux personnages – dont Iphigénie – la liberté dont le sort tragique les prive par définition. La fille de Clytemnestre et d’Agamemnon est en effet promise au sacrifice par son père, afin que le vent se lève et que l’armée grecque puisse partir mener la guerre contre Troie. Les protagonistes vivent au futur antérieur : ils se souviennent de ce qui arrivera, en espérant pouvoir infléchir le destin. « Je me suis souvenu du futur », dit Agamemnon. Bien que déterminés par leur situation, les sujets de cette pièce ne sont plus soumis à la transcendance des dieux. Le ciel s’est vidé. Le port d’Aulis est désormais le seul horizon qui vaille. La metteuse en scène Anne Théron a conçu une scénographie formaliste constituée d’un plateau fracturé dont les îlots s’éloignent inéluctablement et d’un vaste écran représentant une mer d’huile, sur laquelle se découpent dans la pénombre les excellents comédiens. Ils donnent corps à ce texte inspiré, et leur solennité ne pèse pas. Iphigénie incarne, elle, ce passage de décisions imposées par une autorité extérieure à une motivation personnelle, de l’hétéronomie à l’autonomie. Ce n’est pas exactement le passage du déterminisme au libre arbitre ; il s’agit plutôt d’accéder à une liberté qui reconnaît nos déterminations pour assurer notre puissance d’agir. Car l’homme n’est pas « un empire dans un empire », comme le rappelle Spinoza. Iphigénie accepte ainsi de mourir mais pour rompre le cycle immuable de la tragédie et n’être plus la victime. Et elle fait ce vœu : « Ne racontez plus jamais mon histoire. »