Stop… ou encore ?

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Cet article est issu du numéro 67 de Philosophie magazine « 67 - mars 2013 », en kiosque le 21 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le sexe, avant d’être une fête, est d’abord une charge, rappelle Pascal Bruckner. Pas étonnant dès lors qu’entre une existence tourmentée par le désir et une asexualité apaisante, notre cœur balance !

Parvenu à l’âge de 80 ans, Sophocle, si l’on en croit Platon (République, 329b) se félicita d’avoir été libéré par la vieillesse du joug cruel de la concupiscence, « maître rageur et sauvage », expérience analogue à celle d’un peuple qui renverse son tyran ou d’un esclave qui s’affranchit de son propriétaire. Mais la princesse Palatine, célèbre commère du Grand Siècle, à qui l’on demandait à quel âge le désir disparaissait, aurait eu cette réponse délicieuse : « Comment puis-je le savoir ? Je n’ai que 80 ans ! » Pour beaucoup, la libido, loin d’être une merveilleuse impulsion, est un terrible souci qui contredit le rêve moderne de l’homme désengagé, maître de soi. Désirer c’est encore souffrir, comme dirait le boud­dhisme, puisque c’est aspirer à ce qu’on n’a pas. Sans aller jusqu’au geste extrême d’Origène qui, au IIIe siècle, dans un sens frappant du raccourci, se châtra pour gagner plus vite son paradis, on peut choisir, jeune, d’éteindre en soi toute convoitise, d’en finir avec les procédures louches de l’érotisme. On peut s’inspirer du « renoncement à la chair » (selon le titre d’un ouvrage de l’historien irlandais Peter Brown) pratiqué par les premiers chrétiens qui voulaient arracher le corps à l’emprise du monde. Il s’agissait alors non pas de se modérer en désirant mais de s’abstenir de désirer. Il fallait se soustraire à la matière pour mieux s’évader du périssable, la sexualité étant, selon saint Ambroise, cette cicatrice fatale qui nous sépare de la perfection du Christ. Seuls la continence et le baptême pouvaient abolir les frontières rigides entre hommes et femmes et les dissoudre « dans l’or liquide d’un corps spirituel ». On peut enfin suivre sur ce chemin la plupart de nos philosophes, Kant, Kierkegaard, Nietzsche, grands puceaux conceptuels, célibataires frustrés, misogynes féroces qui vécurent dans leur chair l’idéal ascétique, même quand ils prétendirent le combattre, imposant silence à leur corps pour mieux servir la pensée.

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