L’art d’avoir toujours raison
Stratagème 39. Absorber l’opinion d’autrui
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Cet article est issu du numéro 81 de Philosophie magazine « 81 - été 2014 », en kiosque le 03 juillet 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Pour renverser une thèse, prétendez y avoir cru avant de soutenir qu’elle n’était qu’un préjugé. Si la dispute porte sur le patriotisme économique. Dites : « Comme vous, j’estimais que l’État doit intervenir pour nous protéger des multinationales étrangères, dévoreuses d’emplois. Mais après avoir lu Des Principes de l’économie politique et de l’impôt de Ricardo, je me suis convaincu que le patriotisme économique relève d’un nationalisme dépassé qui ne permet pas de sauver les entreprises en difficulté et qui expose à des mesures de rétorsion dans nos investissements à l’étranger. » Vous donnerez l’impression à votre adversaire que ses idées sont estimables puisque vous les avez partagées. Mais vous lui reprocherez aussi d’en avoir fait des vérités définitives. La ruse ici consiste, d’une part, à transformer sa conviction en raisonnement inachevé, d’autre part, à se montrer plus ouvert aux idées des autres. Ce que fit Kant qui enseigna la philosophie de Leibniz durant des années avant de se « réveiller de son sommeil dogmatique », comme il le confie dans la préface de ses Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science (1783), grâce à la lecture de la pensée de Hume.