Stratagème #40. Invoquez le gaspillage
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Comment s’en servir
Si la thèse que vous soutenez ne convainc pas, attirez l’attention sur les moyens que vous avez engagés pour la démontrer. Expliquez que votre argumentaire a été scrupuleusement élaboré pour la justifier, que l’énergie dépensée dans ce dossier relève du sacrifice et que renoncer à cette thèse est impensable parce que, alors, tout ce qui a été avancé pour la défendre l’aura été en pure perte. Ce stratagème, que Chaïm Perelman appelle dans son Traité de l’argumentation « argument du gaspillage », est souvent utilisé par les entraîneurs sportifs lorsque leur équipe est en grande difficulté. La représentation, négative, de la dureté de l’entraînement passé peut alors se retourner en image de victoire future. L’astuce ici consiste à rendre nécessaire le rapport entre moyens utilisés et résultat escompté. Il s’agit de faire croire que si ces moyens sont considérables, l’entreprise qu’ils servent ne peut pas ne pas être couronnée de succès. Un tel argument s’appuie sur une certaine vision du monde, à savoir qu’il y aurait une justice à l’œuvre dans le cours des choses humaines. S’il est possible que, pendant un temps assez long et sans en être empêché, on puisse investir des moyens extrêmes pour atteindre une fin, alors cela signifie que notre engagement participe à un destin positif qui ne manquera pas de se réaliser tôt ou tard, parce que, comme le dit Aristote, « la nature ne fait rien en vain » (Traité de l’âme, III, 12).