Théâtre
“George Dandin ou le Mari confondu” : Dandin de la farce
Image tirée de la pièce George Dandin ou le Mari confondu, de Molière, mise en scène par Michel Fau (au centre). © Marcel Hartmann
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Cet article est issu du numéro 160 de Philosophie magazine « Penser, c’est dire non ? », en kiosque le 02 juin 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Michel Fau célèbre les 400 ans de la naissance de Molière en livrant sa vision baroque et mordante du classique George Dandin. À voir en tournée !
« Que penser d’une pièce où le parterre applaudit à l’infidélité, au mensonge, à l’impudence […] et rit de la bêtise du manant puni ? » se demande Rousseau dans sa Lettre à d’Alembert sur les spectacles. Du bien, si l’on en juge par la mise en scène baroque et brillante que Michel Fau propose de ce George Dandin de Molière ! Effectivement, « cet homme trouble tout l’ordre de la société », et si le promeneur solitaire s’en désole, le public, lui, s’en réjouit. Dandin est un paysan parvenu, un bourgeois fortuné qui a épousé Angélique de Sotenville pour son titre et se fait cocufier ; les Sotenville incarnent une noblesse ruinée, confite dans des usages obsolètes. La farce tient autant de la satire sociale que de la comédie de mœurs qui manque de finir par le suicide du mari bafoué… lequel préfère finalement se noyer dans la boisson. Fait rare, la pièce est montée avec sa « pastorale » composée par Lully. Or ce contrepoint musical ajoute à l’ambivalence du spectacle, où se mêlent les genres. Car il moque les uns et les autres, sans aucune moralité, soulignant surtout la violence des rapports sociaux – de classes dirait-on au risque de l’anachronisme. Composé de paravents mobiles et d’une structure centrale qui figure un logis fait à sa base d’un enchevêtrement de racines et à son extrémité d’une tourelle gothique, au sommet de laquelle le mari ne parvient jamais, l’ingénieux décor montre sans détour cette implacable hiérarchie. Rien n’échappe à ce rire ravageur, et l’amour lui-même n’en sort pas vainqueur – même s’il s’avère que nul ne peut l’acheter.