Stratagème n°11. Dénigrer l’objet du débat

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Cet article est issu du numéro 53 de Philosophie magazine « 53 - octobre 2011 », en kiosque le 29 septembre 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Lorsque la conversation est mal engagée, montrez qu’elle ne méritait pas d’avoir lieu parce que son objet est ridicule. Il s’agit en somme de détruire le débat à sa source. Tous les arguments avancés lors de la discussion apparaissent du coup comme viciés du fait de l’inanité du dialogue. Imaginons que votre adversaire veut vous pousser à reconnaître qu’il vaut mieux être sourd qu’aveugle, parce que 80 % des informations du monde extérieur sont transmises par la vue. Vous avez beau répondre, tel Diderot dans la Lettre sur les aveugles, que la cécité n’empêche pas de devenir mathématicien (Nicholas Saunderson, célèbre géomètre) ou musicienne (Mélanie de Salignac, grande pianiste), votre interlocuteur campe sur ses positions. Et puisque vous parlez de musique, il réplique que Beethoven a composé ses œuvres malgré sa surdité, alors qu’on n’a jamais vu un peintre, devenu aveugle, continuer à exercer son art.
Vous voilà à court d’argument. Faites alors remarquer à votre contradicteur que ni lui ni vous n’êtes malvoyant ou malentendant et que, ne les vivant pas, il est ridicule de vouloir classer les handicaps. C’est donc un faux débat. L’histoire de la philosophie est marquée par l’abandon de controverses jugées après coup ridicules – les anges ont-ils un sexe ? quel est le poids de l’âme ? comment repérer physiquement un criminel-né ? Dénigrer le débat n’est pas qu’une méthode de sophiste. C’est aussi un moyen d’orienter la quête de la vérité vers des objets plus légitimes.

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