Stratagème n°5. Savoir utiliser le silence

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Cet article est issu du numéro 47 de Philosophie magazine « 47 - mars 2011 », en kiosque le 24 février 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Comment s’en servir

Gardez le plus longtemps possible le silence et n’intervenez que pour prononcer une phrase
sans réplique qui clôture le débat. Cette stratégie du silence tire son efficacité de l’estime que
reçoivent spontanément les gens discrets qui font preuve de retenue. En effet, on accorde volontiers des qualités de courtoisie et de profondeur à celui qui sait rester attentif tout en réservant sa parole. Savoir se taire est un bon moyen de passer pour sage, de donner l’impression d’avoir du recul sur les choses, d’en mesurer la valeur. Surtout, par son mutisme, celui qui opte pour ce stratagème, rend autrui bavard et superficiel. Tout discoureur semble alors s’exposer au célèbre mot de Ludwig Wittgenstein, phrase ultime du Tractatus logico-philosophicus : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. » Avouons toutefois que l’emploi d’un tel stratagème n’est pas naturel pour nos esprits gaulois volontiers râleurs et contestataires.
Dans son Essai sur l’origine des langues, Jean-Jacques Rousseau remarquait déjà que « quand un Franc s’est bien démené, s’est bien tourmenté le corps à dire beaucoup de paroles, un Turc ôte un moment la pipe de sa bouche, dit deux mots à demi-voix, et l’écrase d’une sentence ».

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