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Sympathie
Cet article est issu du numéro 145 de Philosophie magazine « Plaidoyer pour la nuance (quand tout le monde veut en découdre) », en kiosque le 03 décembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les classiques vous transmettent leurs bonnes vibrations pour expliquer cette notion.
Zénon de Cition (335–264 av. J.-C.)
Pour le fondateur du stoïcisme, le principe de sympathie lie toutes les choses des mondes terrestre et céleste, traversées par le même pneuma, ou souffle de vie. La pensée de Zénon nous a été transmise par Cicéron, qui décrit ainsi la sympathie : « Si l’on touche les cordes d’une lyre, les autres cordes résonnent. »
David Hume (1711-1776)
La sympathie est une contagion affective entre individus, la capacité à percevoir « les sentiments des autres ». Pour le philosophe empiriste, ce n’est pas la raison qui est au fondement de la morale mais une disposition naturelle de l’esprit à « passer aisément de l’idée de nous-même à celle d’un objet quelconque relié à nous ».
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778)
Rousseau répond à son ami Hume : selon lui, c’est la facette triste de la sympathie, soit la pitié, qui fonde la morale. La vision de la souffrance de l’autre permet de réguler l’amour-propre de chacun et rend possible la vie commune. Aussi, « c’est la pitié qui, dans l’état de nature, tient lieu de loi, de mœurs et de vertu ».
Emmanuel Levinas (1906-1995)
La rencontre avec l’autre révèle son irréductible altérité. La sympathie n’est donc pas une affection naturelle, elle est même contre-nature. L’éthique naît de la prise en compte de l’autre en tant que tel, et non dans ma projection en lui : « La véritable union […] n’est pas un ensemble de synthèse, mais un ensemble de face-à-face. »
Martha Nussbaum (née en 1947)
La sympathie relève d’un pur élan de contagion et risque de nier l’altérité. Selon la philosophe, dans des sociétés pluralistes, c’est plutôt l’empathie qui vaut comme « affect citoyen ». Elle invite à « une compréhension empathique des expériences humaines dans leur diversité » qui nécessite une éducation à « l’esprit des humanités ».