Taïkan Jyoji. Le Zen vient en se bottant les fesses
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Cet article est issu du numéro 80 de Philosophie magazine « 80 - juin 2014 », en kiosque le 28 mai 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Cet architecte français a quitté famille, amis et confort pour trouver la Voie au Japon. Il y a découvert une autre conception du savoir et de l’ignorance.
Dates clés
- 1941 Naissance à Genève
- 1964 Premier voyage au Japon
- 1968 Intègre le temple zen de Shōfuku-ji (Kobe, Japon)
- 1975 Quitte le Japon 1987 Fonde en Ardèche La Falaise Verte, premier centre de Zen Rinzai en Europe
- 2014 Parution de Kyūdō, tir à l’arc zen (Le Courrier du livre 2014)
À quoi reconnaît-on un maître zen venu d’Occident ? Sinon à son crâne rasé, à son humour. Car, avant de transmettre le Zen, ce pince-sans-rire rompu à L’Anthologie de l’humour noir d’André Breton a passé des mois à méditer un koan, une question-exercice initiatique. Un défi à la logique, lancé par son maître : « Un bonze demande à Joshu : “Un chien a-t-il la Nature de Bouddha ?” Joshu répondit : “Mu”. »
Mu ? Ni oui ni non. Ou plutôt un non qui n’est pas négatif, une sorte de néant ou de vide. À ce vide doit tendre le moine zen. Sans désarmer, Taïkan Jyoji a donc fait le tour immobile de cette absurdité.
Qu’a-t-il retrouvé dans le bouddhisme qu’il avait déjà connu dans le surréalisme ? La tentation de l’absolu, qui n’est pas seulement celle de l’Occident. « L’idée de surréalisme tend simplement à la récupération totale de notre force psychique par un moyen qui n’est autre que la descente vertigineuse en nous, l’illumination systématique des lieux cachés et l’obscurcissement progressif des autres lieux, la promenade perpétuelle en zone interdite », écrit Breton. Récupération de la force psychique, réintégration du monde extérieur en soi, illumination : le zen est là.