Économie
Taxe Zucman : comment repenser la justice fiscale ?
Paris, le 10 Septembre 2025. Manifestation et grève organisées par la coalition intersyndicale contre les mesures d’austérité budgétaires, pour la défense des services publics et pour plus de justice sociale et fiscale. © Augustin Pasquini/Hans Lucas via AFP
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Elle est présentée comme une solution possible pour aider à renflouer la dette française. La taxe proposée par l’économiste Gabriel Zucman viserait le patrimoine mobilier des 1 800 plus grandes fortunes françaises. Justice fiscale... ou pratique confiscatoire qui ruinerait l’économie ? Le point sur les arguments.
« Une offensive mortelle pour l’économie. » C’est en ces termes que le richissime Bernard Arnault s’en est pris il y a quelques jours à la « taxe Zucman ». Rappelons en quelques mots le principe de ce projet de taxe qui agite le débat public depuis plusieurs semaines : un « impôt plancher » de 2% « sur le patrimoine des ultra-riches » (plus de 100 millions d’euros, déduction faite de l’endettement).
Précisons immédiatement le sens du mot « plancher ». Si, étant donné la fiscalité actuelle, un « ultra-riche » paie déjà (via l’impôt sur la fortune immobilière, l’impôt sur le revenu, les prélèvement sur les dividendes, etc.) l’équivalent de 2% de son patrimoine ou plus, alors la taxe Zucman ne change rien pour lui. La taxe n’a d’impact que dans les cas où la totalité de la contribution fiscale existante correspond à moins de 2% du capital total : l’« ultra-riche » devrait alors payer la différence. L’économiste Gabriel Zucman estime que 1 800 foyers français seraient concernés.
Le problème du “patrimoine virtuel”
La mesure est proposée comme une manière de remédier à un problème : en ce qui concerne le capital, les actions ne font l’objet d’aucune taxation depuis la suppression de l’impôt sur la fortune. Or, c’est précisément d’actions que se compose l’essentiel du patrimoine des ultra-riches. Pourquoi le « capital mobilier » ne serait-il pas taxé, alors que le capital immobilier l’est, à plusieurs titres d’ailleurs ? Pensons à la taxe foncière qui, au contraire de la taxe Zucman, ne prend pas en compte le niveau d’endettement des individus et, pour les très importants patrimoines immobiliers, l’impôt sur la fortune immobilière.
“Le patrimoine des ultra-riches est essentiellement composé d’actions, qui ne font l’objet d’aucune taxation”
Cette absence de taxation apparaît à beaucoup d’autant plus injuste que c’est en effet de ce capital placé que les plus riches tirent la plus grande part de leurs revenus. Les actions, en tant que parts possédées dans des activités productives, créatrices de valeur, représentent généralement un capital à forts rendements passifs. Certes, les dividendes générés par les actions sont taxés, de même que les ventes d’actions, mais au prélèvement forfaitaire unique de 30%, soit bien inférieur au taux marginal maximum d’imposition sur le revenu qui serait appliqué pour des revenus aussi élevés.
Pourquoi proposer de taxer le capital plutôt que les revenus du capital ? Parce que toute une série de dispositifs d’optimisation permettent d’échapper à une partie des prélèvements sur ces revenus. Les bénéfices, par ailleurs faiblement taxés (26%), plutôt que d’être perçus sous forme de dividendes, peuvent être réinvestis directement dans l’entreprise (ce qui favorise son développement, donc revalorise en général les actions), ou épargnés dans une holding – souvent située à l’étranger – où ces dividendes sont défiscalisés. Les ultra-riches touchent, en revenu, une fraction de ce que leur rapporte leur patrimoine.