Hors-série "Sagesses du monde"
Tchouang-Tzeu fait le rêve de l’harmonie
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Cet article est issu du Hors-série n°n° 44 de Philosophie magazine « Sagesses du monde », en kiosque le 30 janvier 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La connaissance profonde, écrit le penseur taoïste Tchaouang-Tzeu, émerge de l’accès au sommeil. Là où l’esprit conscient distingue les êtres et les objets, l’harmonie dissout le moi et unit tous les êtres grâce à l’inconscience.
« Maître K’i était assis […], respirant faiblement. Son âme devait être absente. Étonné, le disciple You […], se dit : […] Se peut-il que, sans être mort, un être vivant devienne ainsi, insensible comme un arbre desséché, inerte comme la cendre éteinte ? Ce n’est plus mon maître.
— Si, dit K’i, revenant de son extase, c’est encore lui. J’avais seulement, pour un temps, perdu mon moi. Mais que peux-tu comprendre à cela, toi qui ne connais que les accords humains, pas même les terrestres, encore moins les célestes ? […] Le grand souffle indéterminé de la nature s’appelle vent. Par lui-même le vent n’a pas de son. Mais, quand il les émeut, tous les êtres deviennent pour lui comme un jeu d’anches. […] L’appel répond à l’appel. C’est un ensemble, une harmonie. Puis, quand le vent cesse, tous ces accents se taisent. […]