Thierry Éloi. « Juvénal regrette que les adolescents désertent l’école de rhétorique pour aller au bordel »

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Cet article est issu du numéro 42 de Philosophie magazine « 42 - septembre 2010 », en kiosque le 26 août 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En matière de décadence des mœurs, les années 2000 n’ont rien inventé. À en croire ses poètes, Rome était déjà très branchée « Sex story ». Ce que confirme Thierry Eloi, auteur de L’Érotisme masculin dans la Rome antique (Belin poche, 2009).

La Rome tardive est devenue le modèle de la décadence des mœurs. Comment l’expliquer ?

Ce sont les Pères de l’Église qui ont imputé la chute de l’Empire romain à la corruption des mœurs. Et c’est vrai que les habitudes romaines étaient à l’opposé de la morale chrétienne. Par exemple, les Romains considéraient que le comble de la volupté était d’échanger des baisers quasi incestueux et pédophiles avec un esclave ressemblant à leur propre fils. En outre, un grand nombre d’épigrammes grivoises ont fleuri à Rome, entre la chute de la République et l’avènement de l’empire, qui complètent cette image de Romains jouisseurs. Les poètes Catulle et Juvénal en ont commis de très vulgaires, ainsi que Martial qui écrit par exemple : « Toi, le matin, c’est bien connu, tu te fais sucer pour de l’argent et l’après midi, l’argent que tu as gagné en te faisant sucer, tu le dépenses à te faire enculer. » Cependant, ce surenchérissement dans la vulgarité n’est pas un éloge de la jouissance, et ces poètes ont aussi une intention satirique. Ils dénoncent la corruption des mœurs en se référant sans cesse aux Anciens. À leurs yeux, c’était mieux avant.

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