Tous xénophobes ?
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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La présence du leader du Front national au second tour de la présidentielle en 2002 avait consterné beaucoup de Français… et d’étrangers. Nationaliste et raciste, le « pays des droits de l’homme » ? Selon Marc Crépon, la volonté d’homogénéiser la société est un élément important de l’idéologie républicaine… qui peut prendre la forme d’une aversion pour ce tout qui est différent.
Philosophie magazine : Au-delà des 10 % à 15 % de suffrages favorables à l’extrême droite et de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002, peut-on dire qu’il existe en France une culture politique de la xénophobie ?
Marc Crépon : La quasi-totalité des sociétés européennes sont exposées à de tels sentiments. Ce qui me semble par contre caractéristique de la France, c’est la conjonction de deux phénomènes. Le premier est ce que j’ai décrit dans Altérités de l’Europe (Galilée, 2006, Ndlr) comme la mémoire complexe et plurielle de l’Empire colonial, dont l’histoire et l’appréciation restent très certainement la question historique qui divise le plus profondément la société. C’est ainsi que face aux mouvements qui réclament des lois sur la mémoire de l’esclavage et du colonialisme, comme les Indigènes de la République, certains, à droite, ont réclamé que la République reconnaisse les bienfaits de la colonisation… Il existe une part non négligeable de la population qui n’accepte pas la disparition de l’ancien empire, et qui semble hériter et reproduire les sentiments de supériorité inhérents au type de relations qu’implique et constitue tout empire de cet ordre, ignorant la nécessaire « hétérogénéisation » mouvante des identités collectives. Second phénomène : l’instrumentalisation de « la peur des étrangers », qui est un élément récurrent du discours politique.